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Londres, championne d'architecture

Publié le 09 juin 2012 par Camille Larbey | Voyage  
 À la différence d'un Paris inhibé, ordonné et planifié, Londres ne cesse de renouveler son paysage urbain, mêlant audaces, culot et prouesses techniques. A partir du 27 juillet et durant deux semaines, le monde aura les yeux rivés sur Londres, hôte des Jeux Olympiques d'Été. Une visite s'imposait afin de (re)découvrir ses plus grandes performances architecturales de ces dix dernières années.

"Quand un homme est fatigué de Londres, il est fatigué de la vie", écrivait Samuel Johnson, lune des plus grandes plumes britanniques du XVIIIème siècle. La citation n'a en rien perdu de sa fraicheur tant Londres dynamise aujourd'hui les domaines tels que la musique, la mode, la gastronomie et l'architecture. Fille d'Empire et de Royaume, Londres ne s'est jamais pétrifié dans son passée. Aujourd'hui les briques rouges et le stuc victorien côtoient l'acier et le verre. Le Swwinging London est désormais Building London.

Lors cette visite, le moyen de transport privilégié sera le bus impérial rouge, véritable icône de la ville et relifté à l'occasion des Jeux par le designer Thomas Heatherwick. Dévoilé en mai 2010, ses formes ont été adoucies, les fenêtres épousent l'escalier et le capot abrite un moteur hybride peu gourmand en consommation. Heatherwick rétablie une caractéristique du modèle « Routemaster » lancé dans les années 50 en incorporant une plate-forme ouverte à l'arrière. Outre le coté pratique de ce troisième moyen d'accès, cette plate-forme offre au  double-decker bus  un coté délicieusement néo-rétro. Pour Boris Johnson, maire de Londres, ce bus sera « un impressionnant emblème rouge du XXIème siècle ». Qu'il en soit ainsi.



Depuis, 2005, l'est de Londres s'est transformée afin accueillir les Jeux, offrant de belles prouesses architecturales. L'une des réalisations les plus spectaculaire est certainement le London Aquatics Center dessiné par la célèbre architecte irako-britannique Zaha Hadid. A lui seul, le toit ondulé en forme de vague qui le caractérise fait 160 mètres de long, 80 mètres de large et pèse 2800 tonnes. À la suite des jeux, sa capacité de 17.500 places sera réduite à 17.500 mais continuera d’accueillir d'autres grandes compétition de natation. Le centre nautique servira également de porte d’entrée au parc olympique : environ deux tiers des visiteurs rejoindront le parc en passant par le pont qui enjambe le stade. Non moins impressionnant, The Vélodrome (en Français dans le texte) où les cyclistes enchaîneront les tours de piste. Il se démarque par sa forme épurée et son élégant tour de façade boisé. La piste de course a été particulièrement soignée : pendant huit semaines, 26 menuisiers ont planté 350 000 clous dans les 56 kilomètres de lames en bois de résineux sibérien. Elle serait, selon les organisateur, « la piste la plus rapide du monde ».


À l’abri de l'agitation olympique, downtown, une flânerie s'impose dans la grande court du British Muséum. Jusqu'à sa réouverture, en 2000, celle-ci était considérée comme un« espace perdu » car inaccessible au public depuis 150 ans. Lors de sa rénovation, l'architecte Norman Foster, qui avait déjà mis sous coupole le Reichstag de Berlin, a recouvert la court d'une gigantesque voute vitrée. A cette audace architecturale s'ajoute de performances techniques : la verrière repose sur une structure d’acier de 11 km, portant 315 tonnes de verre et capable de se soutenir d'elle-même, sans supports visibles qui auraient eu un impact négatif sur les façades classiques qui l'entoure. De la taille d'un terrain de football, la cour du British Museum est le plus grand espace couvert en Europe.


Ce nouveau toit de verre du « BM » est un trait d'union réussi entre passé et présent. Contrairement à la pyramide de Pei au Louvre il n'a suscité ni querelle esthétique, ni controverse entre les anciens et les modernes. L'objet de tous les scandales, qui a rempli les colonnes des tabloïds pendant plusieurs mois, provoquant même la démission de plusieurs membres outragés d'English Heritage - l'équivalent des Monuments historiques -, a été la restauration du portique ionique à quatre colonnes de l'aile sud, cent vingt-cinq ans après sa démolition. Au lieu de la bonne pierre anglaise de Portland utilisée à l'époque pour les autres portiques, l'entrepreneur a fournit 2000 tonnes de pierre... française ! Un affront suffisant pour écorner le légendaire flegme britannique.



Les grincheux reprochent souvent à Londres sa grisaille quotidienne. Pourtant, quelques réalisations se distinguent par leur éclats de couleurs. Lorsque l'avion fait quelques boucles avant d'atterrir à l'aéroport d'Heathrow, le voyageur peut apercevoir de son hublot une éclatante palette de couleurs vives en plein cœur de la capitale anglaise. Ce point de repère n'est autre que le complexe de bâtiment Central Saint Giles, rénové par Renzo Piano. Célèbre pour avoir imaginé Beaubourg, l'architecte italien réaffirme son goût des textures et des couleurs en accrochant aux différents corps de bâtiment des éléments verts, jaune, orange et rouge. Chaque face est unique car de hauteur et d'orientation différente. La peau des façades, composée de verre, d'acier et de céramique, semble changer de couleur en fonction des conditions météorologiques et de l'heure de la journée.


Étoile montante de l'architecture et aménagement, Jonathan Clark a rénové en 2010 la Longford Community School dans le quartier de Feltham, à l'ouest de Londres. Datant des années 60, le bâtiment était jusque alors pour le moins austère. Mais Jonathan Clark a sertie la façade d'ailette bleue, vertes et jaune, offrant un joli dégradé pastel. « Nous avons choisi de construire une structure dynamique et colorée, qui chevauchent la fin du bloc, comme une sorte de serre-livre articulé, » explique l'architecte, dont l'oeuvre a été récompensé d'un Award par le vénérable Institut Royal des Architectes Britanniques. Face à ces ilots de couleurs audacieux, le fog londonien n'a qu'à bien se tenir.


Londres ne saurait être elle sans sa skyline. Dans le quartier de la City, la congestion de la ville, la spéculation foncière et le dynamisme des affaires ont entraîné une course vers les nuages. Ces dix dernières années, l'élite mondiale de l'architecture s'est retrouvé pour un pudding de gratte-ciel : Kohn Pederson Fox, Norman Foster, Richard Rogers, Allies & Morrison, Rafael Viñoly, chacun de ces grands noms y est allé de son rêve vertical. Mais au quant-verra-t-on, s'invite parfois aussi le qu'en dira-t-on. Achevé en 2003, le 30 St Mary Axe (ou Swiss Re Building) dessiné par Norman Foster s'est vu reproché sa forme oblongue. Les Londoniens l'ont immédiatement renommé erotic gherkin, soit « Cornichon Erotique ». « Les Anglais adorent les surnoms. Si vous êtes client régulier d'un pub, on vous affublera aussitôt d'un surnom », s'amuse Peter Rees en charge de l'urbanisme à City of London (la mairie) depuis 25 ans. Ainsi la Strata Tower, terminée en 2010, est devenue le « Rasoir électrique », en raison de ses trois turbines géantes à son sommet. Et certains immeubles ne sont pas encore terminés qu'ils se voient déjà qualifiés d'un sobriquets : il y a le « Talkie Walkie » (20 Fenchurch Street), la « Râpe à fromage » (122 Leadenhall), et la Bishopsgate Tower a été renommée « Helter Skelter » (soit « Toboggan à spirale) d'après une chanson des Beatles.


En Juillet 2012, The Shard (l'éclat de verre), financé par le Qatar et conçu par Renzo Piano ouvrira ses portes au public. Du haut de ses 310 mètres il deviendra alors le plus haut gratte-ciel d'Europe. Bureaux, restaurants, appartements, hôtels, le Shard sera une ville à la verticale. Si pour Renzo Piano cette réalisation est « une célébration de la vie et, dans une certaine mesure, de la poésie »  il n'est pour ses détracteurs que « le poignard du capitalisme mondialisé » ou encore « une pyramide moderne célébrant l’arrivée des Qataris sur la scène mondiale ». Cette longue épine de verre résume assez bien l'urbanisation de Londres : démesurée, galopante, parfois piquante ou blessante mais toujours impressionnante. Quoiqu'il en soit, The Shard reste une belle estocade affirmant la domination architecturale de Londres sur ses voisines européenne.


Camille Larbey
Article publié dans
La Gazette Drouot n°22 du 1er juin 2012
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Vocable, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

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