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Mythique Mont Ventoux

Publié le 03 juin 2011 par Gabriel Siméon | Voyage  
Figure emblématique de la Provence, incontournable épreuve du Tour de France, le Mont Ventoux fait parti de ces montagnes profondément ancrées dans leur culture locale. Dominant la plaine du Comtat Venaissin et servant de lien entre la Provence et les Alpes, à la fois craint et admiré, il ne laisse personne indifférent. Reportage sur les pentes de la célebrité régionale.
Il existe de nombreux dictons sur le Mont Ventoux. L’un d’eux dit : „N’est pas fou celui qui va au Ventoux, est fou celui qui y retourne.“ Assis en terrasse d’un restaurant à Suzette, petit village situé au cœur des dentelles de Montmirail, je savoure mes retrouvailles avec mes amis de la région, après quelques années passées à l’étranger. Au fil des discussions, mon regard est irrésistiblement attiré par une présence, au loin. Ouf, notre bon vieux Ventoux est toujours là. Aussi étrange que cela puisse paraitre, sa présence me rassure. C’est bon de savoir que certaines choses ne changeront jamais. Et du village de Suzette, le panorama est vraiment exceptionnel.

Le Mont-Ventoux occupe un place importante dans l’imaginaire collectif des habitants de la région. En témoignent ses nombreux surnoms : Col sacré, Mont chauve, Géant de Provence, Olympe du midi, Dieu Paien, Petit Kilimandjaro, Fuji-Yama provençal. Les comparaisons sont osées, mais il faut s’y faire : le Ventoux fascine. Situé à 20 km au nord-est de Carpentras, il est suffisamment éloigné des autres sommets de la région pour paraître plus grand qu’il ne l’est en réalité, et cet isolement géographique le rend visible sur de longues distances. Du haut de ses 1912m, il veille pour ainsi dire sur la Provence. En contrebas, il agit comme un repère, un point d’accroche pour la population. Berlin a sa tour de la télévision, Paris sa tour Eiffel, la Provence a le Mont Ventoux. L’admiration est telle qu’il existe même un magazine, „Ventoux magazine“ et une web-télé, „Ventoux-tv.com“ qui lui sont consacrées !

Par une belle journée ensoleillée, j’entreprends mes retrouvailles avec la montagne. Ma chambre n’a malheureusement pas „vue sur le Ventoux“ comme s’en vantent beaucoup d’habitants ici, mais qu’importe, rien ne vaut un détour en chair et en os. Le temps de prendre veste et parapluie, et me voilà en route. Veste ? Parapluie ? Alors qu’il n’y a pas un nuage ? Oui, hélas ! Il faut savoir qu’au Ventoux, la météo est très changeante. En démarrant l’ascension sous le soleil, il est possible de se retrouver avec du vent et de la pluie une fois arrivé au sommet. Le mythe du Géant de Provence est aussi dû à la crainte qu’il inspire, car là haut le temps est loin d’être toujours clément. Son altitude entraîne des différences de température avec la plaine, et selon que l’on se trouve sur la face nord ou sud, les vents peuvent souffler avec beaucoup plus de force que dans la vallée. Même en été, emmener un pull avec soi est une sage précaution. Pour ca aussi il existe un autre diction : „Quand le Ventoux a son chapeau, s’il ne pleut pas maintenant, il pleuvra bientôt.“ La montagne reste pour la population environnante un marqueur météorologique très important.

Sur la route qui nous mène de Beaumes de Venise au mont Chauve, la question se pose du trajet à emprunter. Il existe en effet trois voies d’accès partant de différents villages et qui permettent d’atteindre l’un ou l’autre versant. L’option la plus courte pour nous est de passer par Malaucène pour prendre la route qui mène au versant nord. La face nord du Ventoux reste celle où il y a le plus de choses à faire, été comme hiver, même si le soleil a tendance à disparaître très vite en fin d’après-midi. Les deux autres voies d’accès, l’une via Bédoin et l’autre par Sault, se rejoignent à 1440 m d’altitude à hauteur du Chalet Reynard, et conduisent au versant sud. Nous dépassons Malaucène, et la route devient tout à coup plus raide. Le début de l’ascension est toujours le moment où je me remémore avec nostalgie ces trajets en bus scolaire ou dans la voiture des parents. A chaque fois, nous brulions tous d’impatience d’atteindre le sommet.

Alors que nous dépassons pour la énième fois un cycliste, un ami assis à l’avant de la voiture est plutôt surpris d’apprendre que je projette d’écrire un article sur le Mont Ventoux. „Quoi, tu écris sur ce caillou ?!“ Même si le discours est teinté de ce qu’il faut d’autodérision, les vauclusiens sont en vérité très fiers de leur „caillou“. La première ascension relatée serait l’oeuvre du poète italien Francois Pétrarque en 1336. Depuis, „cette montagne que l’on découvre au loin de toutes parts (...) presque toujours devant nos yeux“ (Pétrarque) n’a jamais cessé d’attirer les pas de nombreux scientifiques, artistes et sportifs. Il n’y a qu’à relever les noms des principaux collèges et lycées de la région pour dresser l’inventaire des aventuriers du Géant de Provence : Mistral, Fabre, Aubanel, Perdiguier, Char, Roumanille, tous ont été durant leur vie fascinés par ce „caillou“.

Mais cette fierté doit aussi beaucoup au Tour de France, qui a incontestablement doté le Ventoux d’une renommée sportive et médiatique internationale. Les rares années où l’épreuve cycliste y fait étape, la course est vécue dans la région comme un évènement majeur, réunissant souvent plus d’un demi-million de spectateurs le long des routes. En retour, on peut dire que c’est sur ses pentes qu’ont été écrites quelques-unes des plus belles pages de la légende du cyclisme. L’engouement est tel que durant les deux mois d’été, environ 600 cyclistes partent chaque jour à l’assaut du Ventoux. Une revue américaine l’a même classé n°1 des cols du monde entier ! Alors que notre voiture approche du sommet, je m’imagine mal faire un jour l’ascension en vélo. Et dire que certains l’ont gravi 11 fois dans la même journée !

Nous finissons par arriver à la station du Mont Serein, située sur le versant nord du Mont Ventoux. Au moment de descendre de la voiture, je me félicite d’avoir pensé à prendre une veste. En hiver, l’endroit se transforme en une mini station de ski, surtout fréquentée par les vauclusiens qui y viennent pour la journée et rentrent chez eux le soir. Si une demi-journée suffit amplement pour faire le tour des pistes, c’est un avantage non négligeable pour la région d’avoir une station aussi proche. Dès l’arrivée du printemps, lorsque les premiers flocons de neiges commencent à fondre, la station continue d’attirer familles et sportifs en tout genre, qui viennent y pratiquer la randonnée, le cheval ou encore le parapente. L’été au Mont Serein il est même possible de faire du dévalkart, c’est à dire descendre les anciennes pistes de ski au volant d’un karting tout terrain. Sensations garantis ! Pour les vttistes à la recherche de plus grandes sensations, je conseille la descente de la face nord en VTT. L’exercice, certes périlleux pour les amateurs, offre une vue incroyable sur la vallée en contrebas. Au terme de l’effort, une petite baignade dans le Toulourenc s’impose ! Cette rivière qui longe le Mont Ventoux est très prisée par la population locale lorsqu’il commence à faire assez chaud pour se baigner. L’idéal est une randonnée dans la rivière, au départ d’Entrechaux ou de Saint-Léger du Ventoux.

Pendant que mes amis sortent le pique-nique, je me revois, enfant, écouter les explications de mon professeur dans une de ces prairies en lisière du bois. Une autre particularité du Ventoux réside dans le fait qu’il présente une faune et une flore d’une rare diversité. On dit de lui qu’il a les pieds en Méditerrannée et la tête en Arctique. Il suffit en effet de quelques kilomètres pour passer de l’olivier, symbole méditerrannéen, au petit pavot velu que l’on trouve aussi au Groenland. Cela a conduit l’Unesco à classer la montagne „Réserve de biosphère“ en 1994, et à l’inscrire ainsi sur la liste des sites protégés du patrimoine naturel mondial. Il faut dire que son aspect n’a pas toujours été celui que l’on connait aujourd’hui. Son exploitation forestière fut telle qu’au XIXe siècle le massif était entièrement déboisé en dessous de 1100m. Mais dès 1861, d’importants travaux de reboisement furent entrepris, en utilisant notamment le majestueux cèdre de l’Atlas. Cela forme aujourd’hui la plus grande cédraie d’Europe. Ces grands espaces boisés représentent un habitat de choix pour la faune, notamment le grand cerf élaphe réintroduit dans le massif en 1954. Lorsque arrivait l’automne, nous partions avec nos parents et leurs amis à la tombée de la nuit pour venir écouter le brame du cerf. C’était quelque chose d’entendre ces cris rauques résonner dans toute la forêt. A la lueur de nos lampes torches, nous avions parfois la chance d’en croiser un.

Le soleil a quasiment disparu derrière les cimes. Nous choisissons cet instant pour remonter en voiture, direction le versant sud. Heureusement, il existe la D974 qui relie les deux faces du Ventoux de mars à novembre selon la météo. A l’approche du sommet, le changement de décors est frappant. La végétation laisse peu à peu place à un désert de roche, des éboulis calcaires qui donnent sa couleur blanche si particulière au côté sud. Vu de la plaine, on peut croire qu’il y a de la neige toute l’année, d’où le surnom de Petit Kilimandjaro. Nous nous arrêtons au pied de l’observatoire météorologique pour admirer le paysage. La vue sur la plaine est à couper le souffle. Au sommet, par temps dégagé, on découvre un panorama exceptionnel à 360° sur toute la chaîne des Alpes, la mer Méditerranée, la Camargue et même la basse vallée du Rhône dont on peut apercevoir les méandres en direction d’Avignon. Même la ville d’Orange, située à une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau, semble voisine. Cela me rappelle le premier jour de l’an 2000, où nous nous étions postés sur l’une des cimes pour voir le soleil se lever. Un spectacle qu’on n’oublie pas...

C’est fou comme une fois là haut tout parait tout d’un coup moins important. Pour savourer notre retour, nous empruntons la route qui descend vers Bédoin en faisant une halte au Chalet Reynard. Nous commandons cafés et chocolats chauds, mais dans ce refuge datant de 1927 il est aussi possible de se restaurer avec les spécialités du chalet – notamment l’excellente omelette aux truffes du Ventoux. Si nous nous attardons encore longtemps ici j’ai bien peur de me laisser tenter.

Il fait déjà nuit lorsque nous reprenons la voiture. La Lune est claire ce soir, j’en profite pour jeter un dernier coup d’oeil en direction du sommet. Dans quelques minutes, ce sera le retour à la civilisation. Mais fort heureusement, l’agitation de la plaine n’a pas encore gagné le Mont Ventoux, Géant de Provence qui veille, immobile.

Gabriel Siméon
Photos : Margot Sibilaud

Article publié en mars 2010 dans Frankreich erleben n°26
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L'auteur : Gabriel Siméon


Gabriel Siméon Mes articles

Formation : Diplômé de Sciences Po Aix-en-Provence et du master 2 "Journalisme politique à l'international"

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