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Strasbourg, capitale française du vélo ?

Publié le 20 mai 2014 par Gabriel Siméon | Société  
La cité alsacienne développe fortement les aménagements en faveur des cyclistes.


Strasbourg, capitale française du vélo ? C’est ainsi que le magazine Terra Eco désignait la cité alsacienne, première de son «Top 5 des villes où il fait bon pédaler» publié en avril 2013. Avec 580 km d’aménagements cyclables (près de la moitié de sa voirie) et de nombreuses expérimentations en avance sur le plan du gouvernement, l’agglomération fait figure de ville modèle en matière de mobilités dites actives. Les cycles y ont la cote : 8% des déplacements se font sur deux roues, trois fois la moyenne nationale. Une part qui atteint même les 15% en centre-ville.

Pour savoir ce que veut dire pédaler dans une ville aussi vélo friendly, on y a loué un Vélhop (le vélo en libre-service local) un jour de semaine. Partant de la gare, on s’engage dans la petite rue de la Course, une voie à sens unique (pour les voitures) où près de la moitié de l’espace est réservée aux cyclistes venant d’en face. Indispensable une fois en selle pour raccourcir les trajets et éviter de rouler sur le trottoir. Comme Lille, Nantes ou Grenoble, Strasbourg n’a pas attendu la publication du décret de 2008 généralisant dans les zones 30 ces «sens interdit sauf vélos». La ville en compte 88 km.

Rue de Molsheim, sans bande cyclable, on est forcé de rouler au milieu des voitures lancées à 50 km/h, mais la largeur de la route autorise la cohabitation. Après un pont, à un carrefour, un panneau nous autorise à griller le feu si on tourne à droite, à condition de céder le passage. Une signalisation précieuse évitant d’attendre pour rien et de dépenser trop d’énergie à redémarrer à chaque intersection. Le feu est rouge, on le grille vers la droite devant une voiture de police. A Strasbourg, où 178 carrefours sont déjà équipés, cela ne choque plus personne.




Autoroute cyclable

Direction le quai Pasteur et l’«autoroute cyclable», large voie à double sens réservée aux vélos, bétonnée et à l’écart de la circulation. On prend de la vitesse, double facilement quelques piétons égarés et des cyclistes du dimanche. La rocade file sur le quais des Alpes puis celui des Belges, évitant l’hypercentre où les promeneurs ralentissent la progression. Aux aménagements existants l’agglomération en ajoute de nouveaux pour former d’ici à 2020 le réseau express Vélostras composé de trois périphériques et neuf radiales sur 120 km.

«On s’est inspiré de Copenhague, Munich et d’un projet à Londres, explique-t-on au service déplacement de la mairie. La première rocade est en train d’être bouclée et on ajoutera à l’automne de nombreux services comme des points d’eau, des pompes, de l’outillage.» L’ambition est de faire grimper la part modale du deux-roues à 20% dans toute l’agglo à la fin de la décennie.

«Bonheur»


Nous voilà arrivés devant le bâtiment en verre de la région pour rencontrer Annick de Montgolfier, pilier de l’association de cyclistes CADR 67 et vice-présidente de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB). Après quelques minutes, cette «Madame Vélo» locale tend un rapport portant sur l’une des expérimentations menées en faveur du vélo, la baisse des amendes pour franchissement d’un feu rouge ou circulation en sens interdit. De 90 euros - «presque le prix d’un vélo d’occasion» - elle est passée à 46 euros en octobre 2012.

«Etre cycliste à Strasbourg, c’est un vrai bonheur ! Il y a des aménagements cyclables partout, on peut monter dans le tramway à vélo en dehors des heures de pointe, raconte cette joyeuse retraitée. Se déplacer à vélo est une habitude qui persiste depuis des générations, ici. Les associations comme la nôtre sont écoutées par les autorités.» Le maire de la bourgade voisine Hoenheim, Vincent Debes, se joint à la conversation : «La politique menée sur la question du vélo n’est jamais suffisante.»

Tout n’est pas parfait, effectivement. A certaines intersections les traces cyclables se perdent, les parkings manquent encore dans les immeubles, et la petite reine est même victime de son succès avec des quais bondés le week-end et des vols à répétition. Mais pour le moment, pas de quoi freiner les ambitions de ce laboratoire national de la pédale.

--> Lisez aussi notre enquête sur le plan vélo du gouvernement.

Gabriel Siméon

Article publié dans Libération le 7 avril 2014
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L'auteur : Gabriel Siméon


Gabriel Siméon Mes articles

Formation : Diplômé de Sciences Po Aix-en-Provence et du master 2 "Journalisme politique à l'international"

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