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Vélo : un nouveau cycle pour la ville

Publié le 20 mai 2014 par Gabriel Siméon | Société  
Un plan d’action gouvernemental veut encourager les déplacements urbains à vélo. Objectifs : améliorer la qualité de l’air et limiter les dépenses de santé.

© Roman Bonnefoy

Ce ne sera bientôt plus une lubie de Scandinave, de bobo ou de pauvre - comme l’affirment les motorisés. En France aussi, le vélo est amené à prendre une place importante dans nos déplacements au cours des prochaines années. Le signal envoyé par le gouvernement début mars va dans ce sens : un plan d’action comportant 19 mesures concrètes «à mettre en œuvre en 2014» vise à encourager les modes de déplacement actifs, la marche et le vélo, et à augmenter la part de la bicyclette dans les déplacements domicile-travail.

La pratique de la petite reine est sur la pente ascendante depuis une dizaine d’années déjà grâce à la multiplication des services de vélopartage et des pistes cyclables. Des études scientifiques en vantent les bienfaits : aller au travail et à l’école à vélo améliore la santé et la concentration. Plus de vélos en ville signifie aussi moins de pollution de l’air et de bruit, plus de place pour circuler. Au ministère de l’Ecologie, on y voyait (avant remaniement) «un mode de transport économique, respectueux de l’environnement et très rapide en milieu urbain, favorisant la décongestion des voies de circulation».

Au cabinet du ministre délégué aux Transports, on soulignait aussi les effets bénéfiques sur l’économie de ce «secteur à fort potentiel qui génère chaque année 4,5 milliards de retombées économiques et représente 35 000 emplois» dont la moitié concerne le tourisme à vélo. La Sécu gagnerait à ce que davantage de trajets domicile-travail se fassent les mains sur le guidon, les collectivités dépenseraient moins dans les infrastructures routières.

Manque de pistes

Pourtant, moins de 3% des trajets quotidiens se font aujourd’hui à vélo. En cause, le manque de pistes cyclables, d’endroit sécurisés pour se garer (au bureau, à la gare ou à la maison) ou l’interdiction des vélos dans la plupart des transports en commun. Pas très incitatif. «Le relief et le climat, c’est désormais une question d’équipement. Mais la crainte de l’accident et du vol est un vrai sujet. Il faut que le cycliste ait envie de faire du vélo», souligne Dominique Lebrun, le coordonnateur interministériel pour le développement de l’usage du vélo, officiellement appelé «Monsieur Vélo».

Pour y remédier, le plan du gouvernement entend jouer sur différents leviers. Le code de la route, d’abord, pour autoriser les autres usagers à franchir une ligne blanche pour dépasser un cycliste, augmenter à 135 euros l’amende pour stationnement sur pistes cyclables (35 euros actuellement), généraliser le «sens interdit sauf vélos» dans les rues à 30 km/h et permettre aux villes de limiter plus facilement la vitesse en dessous de 50 km/h.

«Lorsqu’un feu est positionné hors intersection, devant un passage piéton par exemple, le cycliste est contraint de s’arrêter et de poser pied à terre alors même que le passage piéton est totalement dégagé»
, décrit le document interministériel. Dans les faits beaucoup de cyclistes grillent le feu et se font parfois sanctionner. L’une des mesures prévoit d’installer des «cédez-le passage» adaptés à certains feux comme on en voit déjà à Strasbourg (lire notre reportage ici) et à Paris. La publication des décrets est prévue à l’automne après consultation du groupe interministériel pour la sécurité routière.

D’ici la fin de l’année, avant de prendre le TER, on devrait pouvoir cocher l’option «vélo» en réservant son billet en ligne (option déjà disponible pour un achat en gare ou par téléphone) pour embarquer son cycle préféré. Chaque gare se verra transmettre un objectif de création de parkings sécurisés pour bicyclettes à atteindre pour 2020. Sur le plan de la sécurité, il est question de sensibiliser davantage les chauffeurs de poids lourds à la cohabitation avec les deux-roues.

Indeminité kilométrique vélo

Mais la mesure phare de ce plan est l’expérimentation d’une indemnité kilométrique versée à chaque salarié se rendant au travail à vélo. Il s’agira d’une «juste prise en charge des frais engagés par le cycliste», seul à ne pas bénéficier d’un dispositif de soutien, souligne une récente étude d’impact du gouvernement. «Les premières expérimentations débuteront dans un mois. On partira sur une indemnité de 25 centimes par kilomètre», précise Monsieur Vélo. Il en coûterait environ 110 millions d’euros à l’Etat, selon l’hypothèse pessimiste retenue, compensés en partie par une économie sur les dépenses de santé de 35 millions d’euros.

Déjà en place en Belgique, aux Pays-Bas, en Autriche, au Danemark et en Norvège, une telle incitation a des bases légales dans l’Hexagone depuis 2003, les entreprises pouvant déduire ces frais des cotisations sociales. Très peu y ont cependant recours. La Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB) met en avant une PME de la Drôme, l’Herbier du Diois, qui verse depuis plus de treize ans une prime de 100 euros par mois à ses employés utilisant un mode de transport n’émettant pas de CO2. Les salariés seraient moins stressés, en meilleure forme, plus performants, et l’entreprise y gagne en parking et en publicité. «On pourrait aller plus loin et tester la méthode anglaise "Cycle to Work": l’entreprise vous aide à acheter votre vélo et vous la remboursez progressivement. Elle a droit à une défiscalisation sur une partie de ses charges et vous payez le vélo un peu moins cher», propose Geneviève Laferrère, présidente de la FUB.

Le plan ne la fait pas bondir de joie : «On se satisfait de ces 19 mesures mais il manque quelque chose d’important : la communication positive autour du vélo. On se préoccupe encore trop des tués sur les routes et pas assez des victimes de la pollution par le diesel.» Côté automobilistes, on redoute la création de zones 30 km/h : «Se garer sur une piste cyclable est déjà interdit, il n’y a juste pas assez de contrôles. Passer l’amende à 135 euros, c’est disproportionné, juge Roger Braun, directeur général de l’Automobile club association. Ce plan essaye d’opposer les moyens de déplacements. Or, chacun doit pouvoir se développer de façon harmonieuse.»

La FUB ne compte pourtant pas en rester là : «Vingt-six mesures sont déjà prévues pour la deuxième vague du plan, il y en aura sûrement plus», confie Geneviève Laferrère. Reste à savoir si l’homo automobilis acceptera de quitter le confort paresseux de sa voiture pour pédaler dans la joie et la bonne humeur.


--> Lire aussi notre reportage à Strasbourg, "capitale française du vélo".


Gabriel Siméon

Article publié dans Libération le 7 avril 2014


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L'auteur : Gabriel Siméon


Gabriel Siméon Mes articles

Formation : Diplômé de Sciences Po Aix-en-Provence et du master 2 "Journalisme politique à l'international"

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