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Le décrochage de l'Union Jack agite toujours Belfast

Publié le 22 décembre 2012 par | Société  
Regain de tensions en Irlande du nord. Depuis la décision de la mairie de Belfast de retirer le drapeau britannique de son fronton, le 3 décembre, les affrontements entre les loyalistes et la police ont fait plusieurs blessés. Vendredi, les voies d'accès aux quartiers protestants étaient encore bloquées par des centaines de manifestants.


Belfast est agitée depuis deux semaines par les «flag protests». Soumis au vote des conseillers municipaux dans la nuit du 3 décembre, la décision de retirer l’Union Jack du fronton de l’Hôtel de ville a suscité la colère des loyalistes, majoritairement protestants et partisans du maintien de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni. Quelques minutes après le vote, la salle du conseil était littéralement prise d’assaut par des centaines de manifestants déchaînés. Bilan de la soirée : 5 policiers blessés et une nuit d’émeute.

Les affrontements entre loyalistes et forces de police rythment depuis cette date le quotidien de la ville nord-irlandaise. Des manifestations ont été organisées devant l’Hotel de Ville pour réclamer le retour du drapeau, retiré depuis le soir du vote. Aux défilés se sont ajoutés les blocages de routes quasi-quotidiens aux alentours des quartiers protestants (Sandy Row, Shankill Road, The Village…). Plusieurs émeutiers ont été arrêtés pour avoir blessé des policiers par jet de pierre.

Des commerces ont été endommagés, voire incendiés par des cocktails molotovs. Le 6 décembre, les locaux de l’Alliance Party – l’un des partis à l’origine du retrait drapeau – ont été incendiés. On comptait ce soir là 1600 émeutiers, jeunes et moins jeunes. En deux semaines, l’activité commerciale a chuté de 20 à 30%.

Le retrait de l’Union Jack : signe du partage du pouvoir

Pour la municipalité, le retrait du drapeau effectif depuis le 3 décembre est un signe politique, qui marque le partage du pouvoir entre le Sinn Fein - républicains catholiques, qui souhaitent la réunification de l’Irlande - et l’Alliance Party - libéraux, partisans d’une coopération renforcée entre républicains et unionistes.

Symbole du pouvoir britannique en Irlande du Nord, l’Union Jack est surtout présent dans les quartiers loyalistes, à majorité protestante. Les républicains, majoritairement catholiques, arborent quant à eux le drapeau tricolore irlandais. L’opposition de ces deux drapeaux, localisés spatialement, a très tôt témoigné de la cristallisation du conflit entre les deux communautés.

Pour la mairie, le retrait du drapeau britannique signifiait donc moins une reculade qu’une sorte de remise à plat, pour «créer une société plus égale». Pour les loyalistes, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une provocation. «Imaginez si, en France, on retirait le drapeau tricolore de l’Elysée, que ressentiriez-vous, vous aimeriez ça ?», s’insurge un manifestant.

Violence loyalistes, démographie républicaine

L’ «affaire du drapeau» est un fait le détonateur d’une situation devenue de plus en plus explosive au fil des années. Avec le partage du pouvoir, les loyalistes sentent qu’ils perdent du terrain face à leurs adversaires républicains, d’autant plus que la démographie ne joue pas en leur faveur. Il y a dix ans déjà, l’indice de fécondité d’Irlande du Nord s’élevait à 2,05 chez les catholiques contre 1,61 chez les protestants. Aujourd’hui, l’évolution se confirme en faveur des catholiques, et le vote républicain se renforce. Les loyalistes le voient comme une menace.

Et derrière ce drapeau, c’est leur identité en tant que communauté qu’ils cherchent à défendre. Des partis unionistes – moins radicaux que les loyalistes et plus centrés sur l’action parlementaire - ont tenté ces derniers jours, d’organiser la contestation. Un « forum » a été mis en place à leur initiative, afin de réunir les différents groupes loyalistes et parvenir à une position commune. Pour l’heure, c’est un échec, qui reflète les profondes divisions de ces mouvements.

L’initiative s’est vue critiquée par le président de l’Alliance Party, David Ford : «Les partis devraient travailler sur une base inter-communautaire, et non pas inter-unionistes (…) la seule solution pour aboutir à un avenir commun est de parvenir à un consensus entre les différents groupes». D’ici là, rien ne garantit que les protestants respecteront la trêve de Noël.

Yann Samain
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