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Peter Maskus rêve de célérité

Publié le 25 septembre 2014 par Gabriel Siméon | Sciences & technos  
L’ancien ingénieur automobile a conçu l’Acabion, un prototype futuriste à propulsion électrique.

G.S.

«Les choses que nous possédons finissent par nous posséder»
, lâche sobrement Tyler Durden, alias Brad Pitt, dans l’adaptation ciné du Fight Club de Chuck Palahniuk. Peter Maskus est du même avis : «Nous sommes tellement piégés dans nos traditions et notre confort que nous ne nous demandons plus si les choses que nous avons sont vraiment adaptées à nos besoins.»

Cet entrepreneur allemand de 54 ans a fait 900 kilomètres en camion, depuis Hambourg jusqu’à Paris, pour venir nous dire à quel point la voiture d’aujourd’hui est «un anachronisme», et nous présenter son alternative. Alors on le laisse développer : «Nos petits-enfants refuseront de rester à la maison juste parce que nous aurons brûlé tout le pétrole. Il faut se demander ce qu’on peut faire pour faciliter leur mobilité.»

A l’arrière du poids lourd se trouve un bolide au look futuriste de son invention. Un deux-roues électrique, entre voiture, moto et fusée, muni de stabilisateurs et de deux manettes en guise de guidon. Nom de cette drôle de machine : l’Acabion.

Ce qu’il nous montre est déjà une antiquité. Le prochain prototype qu’il peaufine sur logiciel depuis quatre ans aura quatre roues, un volant, pèsera 600 kilos et consommera seulement 1,8 kilowattheure aux 100 km (l’équivalent de 0,2 litre d’essence aux 100 km), assure Peter Maskus. De quoi rouler 1 500 kilomètres sans recharge, beaucoup plus loin que la berline électrique haut de gamme Model S de Tesla - dont raffolent les techno-branchés de la Silicon Valley - et ses 502 kilomètres d’autonomie.

Aérodynamisme

«L’Acabion pourra atteindre les 700 km/h, lance-t-il, sûr de lui, et nous allons le montrer à Bonneville», une plaine américaine couverte de sel où ont été établis les derniers records de vitesse . Pour doter l’Acabion de telles performances, Peter Maskus a tout misé sur l’aérodynamisme. Il le martèle tout au long de l’entretien : «Les voitures actuelles ne sont pas du tout aérodynamiques.»

Evidemment, avec un tel discours, l’ex-ingénieur et consultant chez Ford, BMW, Porsche et Mercedes-Benz s’est fait quelques ennemis dans le tout-puissant milieu automobile. «Les grands groupes n’ont que le mot "innovation" à la bouche. Mais mettre des LED dans un phare, est-ce vraiment innover ?» blâme-t-il.

Ce grand gaillard aux yeux bleus et aux cheveux poivre et sel y a cependant conservé un soutien de poids avec Ernst Fiala, «père» de la Volkswagen Golf. «Si vous cherchez à construire un véhicule à la fois très rapide et économe en énergie, vous aboutirez à l’Acabion», glisse ce dernier en réponse à notre mail. Le concept n’est pas la prochaine étape du développement automobile, selon Fiala, mais «peut-être celle d’après».

Peter Maskus, lui, voit encore plus loin. Il imagine un monde entièrement dédié à la mobilité individuelle, sans trains, avions ou grosses berlines, où des Acabion serviraient autant à aller chercher le pain qu’à traverser les continents. «Le futur de la mobilité, c’est se lever, prendre son petit-déjeuner et sauter dans sa voiture direction Tokyo !» s’enthousiasme-t-il. On pourrait ériger des tubes sous vides et y propulser ces véhicules à 20 000 km/h, se plaît-il à rêver, dans le sillage du projet Hyperloop d’Elon Musk (lire EcoFutur du 22 avril 2013).

D’ici là, l’Acabion pourrait se faire une place sur le vieux bitume ou foncer le long des voies réservées à la grande vitesse, aériennes, enterrées ou sous-marines. «Imaginez Paris avec la majorité des routes qui seraient souterraines : fini le danger, le bruit et la pollution engendrés par les voitures !»



©Dr. Peter Maskus, Acabion TM

Jules Verne

Ce fantasme digne de Jules Verne, Peter Maskus le poursuit depuis son enfance à Hann. Münden, mignonne bourgade du centre de l’Allemagne entourée d’une «nature splendide».«Je me souviens d’un jour ensoleillé où j’expliquais à ma mère vouloir créer ma propre marque de voiture. Je devais avoir 5 ou 6 ans !» sourit-il. Après son onzième anniversaire, la famille déménage à Wolfsburg, le cœur de l’empire Volkswagen. Son voisin n’est autre qu’Ernst Fiala, avec la fille duquel Maskus se rend au cours de danse. La décision de construire l’Acabion lui viendra à 16 ans. «Je me suis longtemps demandé quel futur aurait imaginé Jules Verne s’il vivait encore aujourd’hui.»

Des calculs au design, ce docteur en ingénierie mécanique a presque tout réalisé en solo depuis trente-huit ans, finançant son rêve sur le pactole amassé en travaillant pour les grands constructeurs automobiles. Une poignée d’investisseurs l’a récemment rejoint dans l’aventure.

Du genre impatient - «Je ne supporte pas que mon cousin mette un jour à répondre à mes SMS alors qu’il est en week-end !» -, Peter Maskus a lancé en août une campagne de crowdfunding ambitieuse sur le site Indiegogo, visant à réunir 30 millions d’euros pour construire les premiers modèles : un Acabion deux sièges et un six sièges.

La collecte n’a pas rencontré le succès escompté, mais il n’est pas du genre à abandonner. Si un million d’euros sont réunis via le site de son projet, il assure que la première série, baptisée «Da Vinci», sera lancée. «Il s’agit presque plus d’art que de technologie», lance-t-il, fier du design de ses créations.

Dans ses rares moments libres à Lucerne (Suisse) où il vit, Peter Maskus peint, compose, écrit des poèmes. Et roule en Jaguar… «Je n’ai aucun problème avec ça», sourit-il. Il cite Victor Hugo : «Rien n’est plus fort qu’une idée dont l’heure est venue.» Il n’en démord pas : sa révolution automobile est pour demain.


Gabriel Siméon

Article publié dans Libération le 8 septembre 2014

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L'auteur : Gabriel Siméon


Gabriel Siméon Mes articles

Formation : Diplômé de Sciences Po Aix-en-Provence et du master 2 "Journalisme politique à l'international"

Participation à : Libération, Science & Vie, 01net (mag), Metronews, Les Inrockuptibles, L'Express, L'Expansion, L'Humanité-Dimanche, La Gazette des communes, Neon, Grazia, Atlantico, L'Usine nouvelle, La Provence, Le Dauphiné libéré, L'Eco, Technikart, Vice, Gonzaï, The Ground, La Gazette Drouot, Industrie & technologies, Maxisciences, Frankreich erleben, TV7 Provence, France Bleu Vaucluse

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