Collectif de journalistes et photographes
Rechercher :
Accueil / Articles / Science

Satellite Sentinel-1A : le lancement comme si vous y étiez

Publié le 05 mai 2014 par Gabriel Siméon | Sciences & technos  
Le satellite Sentinel-1A, qui sera chargé d'observer les évolutions environnementales sur Terre, a été mis en orbite jeudi 3 avril. On a assisté à son lancement par une fusée Soyouz depuis le Centre spatial guyanais.

                                                                                                                  © ESA–S. CORVAJA


En cas de pépin, la consigne était claire : enfiler le masque à gaz et se diriger vers le bâtiment le plus proche. On n'en a heureusement pas eu besoin jeudi 3 avril à 18h02 et 26 secondes heure locale – 23h02 à Paris – au moment où le lanceur russe Soyouz décollait du centre spatial guyanais de Kourou, emportant le satellite Sentinel-1A vers son orbite, à 693 kilomètres d'altitude. Le spectacle aura duré moins de trois minutes dans le ciel dégagé de Guyane. Une boule de feu, un vacarme, avant que la fusée ne disparaisse dans une traînée de fumée blanche. Vingt-trois minutes plus tard, dans le centre de contrôle d'Arianespace, l'attente de la séparation du dernier étage du propulseur plombait encore l'ambiance. Avant l'euphorie et les applaudissements : le papillon métallique se déployait enfin et commençait à voler vers sa destination.

Pour la centaine de spectateurs placés à cinq kilomètres du pas de tir, tout le gratin de l'aérospatiale européenne et des représentants de la Commission, ce lancé était tout sauf "un tir de plus". L'envol de Sentinel-1A marque en effet celui du programme européen d'observation de la Terre "Copernicus". Lancé il y a une quinzaine d'années, il s'est fixé l'objectif ambitieux de doter l'Europe d'un accès continu et indépendant à des informations précieuses sur l'état de la planète, ses océans, ses sols, ses glaces et la qualité de son air. "On espère que cela améliorera les prévisions climatiques", glisse Philippe Brunet, responsable du programme à la Commission européenne.

Une précision inégalée

Dans les faits le programme Copernicus a déjà démarré, mais en attendant le déploiement des dix satellites prévus, l'Union européenne achète les données nécessaires à de nombreux opérateurs satellitaires. Avec Sentinel-1A, la voilà qui dispose de sa propre sonde pour les sept prochaines années. Grâce à une antenne radar de douze mètres, ce nouveau satellite de 2,3 tonnes et quatre mètres de haut commencera dans quelques semaines à observer la fonte des glaces, les dégazages en mer et les changements de paysage à l'œuvre sur terre avec une précision inégalée, perçant les nuages de jour comme de nuit. "Lorsque son frère jumeau Sentinel-1B sera lancé, on obtiendra des images d'une zone touchée par une catastrophe naturelle en six jours maximum", contre une quinzaine aujourd'hui, explique Volker Liebig, directeur du programme d'observation de la Terre à l'Agence spatiale européenne (ESA). "Avec un tel outil on aurait pu repérer plus rapidement les débris du Boeing 777 disparu dans l'océan Indien".

"1B" disposera du même radar et débarquera dans dix-huit mois sur la même orbite, à 180 ° de son frère, augmentant la fréquence de balayage de chaque recoin du globe. Suivront au même rythme Sentinel-2, trois et quatre, jusqu'à six. "Sentinel-3 et 6 observeront l'évolution du niveau de la mer au centimètre près", assure Philippe Brunet, Sentinel-5 s'intéressera à la composition chimique de l'atmosphère. Mais d'ici là, "les fonds nécessaires devront encore être trouvés", souligne Volker Liebig, les pieds sur terre. Copernicus sera justement au centre d'un nouveau contrat entre l'ESA et la Commission européenne, qui doit être conclu en juin.

Des données environnementales pour tous et gratuites

"Toutes les données récoltées par les satellites du programme Copernicus seront en accès libre et gratuit", répète à l'envi Volker Liebig, directeur du programme d'observation de la Terre à l'Agence spatiale européenne (ESA). Au fil des mises en orbite de chaque sonde, plusieurs terraoctets de données seront récupérées chaque jour par les agences spécialisées de l'ESA et publiées sur Internet, "en basse résolution mais de qualité suffisante pour présenter un intérêt". L'accès rapide aux images en haute résolution fera l'objet d'un partenariat entre Etats et industriels. "C'est de l'open data", sourit Philippe Brunet, responsable de Copernicus à la Commission européenne. "On mise sur le fait que des entreprises auront envie de créer des services à partir de ces informations".


Gabriel Siméon (en Guyane)

Article publié dans Metronews le 10 avril 2014
comments powered by Disqus

L'auteur : Gabriel Siméon


Gabriel Siméon Mes articles

Formation : Diplômé de Sciences Po Aix-en-Provence et du master 2 "Journalisme politique à l'international"

Participation à : Libération, Science & Vie, 01net (mag), Metronews, Les Inrockuptibles, L'Express, L'Expansion, L'Humanité-Dimanche, La Gazette des communes, Neon, Grazia, Atlantico, L'Usine nouvelle, La Provence, Le Dauphiné libéré, L'Eco, Technikart, Vice, Gonzaï, The Ground, La Gazette Drouot, Industrie & technologies, Maxisciences, Frankreich erleben, TV7 Provence, France Bleu Vaucluse

Médias : Presse écrite & web

Bio : Environnement, sciences, numérique, nouvelles technologies