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ResearchGate, premier "réseau social" scientifique

Publié le 13 janvier 2014 par | Sciences & technos  
Lancé en 2008, le réseau de partage professionnel ResearchGate n’en finit plus d’accumuler les publications. Un succès pour cette petite structure installée à Berlin, qui cherche à développer la collaboration entre chercheurs.

Ijad Madisch a de bonnes raisons de sourire : 3 ans et demi après son lancement en 2008, le site Internet ResearchGate dont il est le PDG et cofondateur, regroupe maintenant 1,4 million de membres. Scientifiques et chercheurs de toutes disciplines viennent massivement apporter leur contribution à ce qui pourrait devenir le plus grand réseau scientifique international.




Le Dr Ijad Madisch
Crédits: researchgate

Diplômé en virologie et en informatique, le Docteur Ijad Madisch tient plus du chercheur enthousiaste que de l’entrepreneur aux dents d’acier. Ce sémillant jeune homme est pourtant à l’origine d’une des starts-ups qui suscitent le plus d’attention aujourd’hui. ResearchGate , de l’avis de tous, répond idéalement aux attentes de la communauté scientifique moderne. Il faut dire que l’idée d’un réseau de communication entre chercheurs est venue d’une expérience toute personnelle.


Né à Hambourg, Ijad Madisch se rend aux Etats-Unis étudier la virologie. Mais à Harvard, il rencontre beaucoup de difficultés dans sa recherche, pour obtenir des informations de la part de ses collègues américains. Le monde scientifique lui apparaît extrêmement cloisonné, particulièrement fermé pour les jeunes chercheurs. Lui vient alors l’idée d’une plate-forme d’échange informatisée, qui établirait une connexion directe entre savants du monde entier. Il fait part de son projet à deux amis : le physicien Sören Hofmayer et l’informaticien Horst Fickenscher. Ensemble, ils mettent en place ce qui deviendra ResearchGate.




De gauche à droite: Horst Fickenscher, Ijad Madisch et Sören Hofmayer
Crédits: researchgate


Le concept ResearchGate

Comme dans la plupart des réseaux sociaux, le chercheur désireux de partager ses publications et d’accéder aux travaux des membres de ResearchGate doit commencer par se créer un profil. Cependant, point de noms fantaisistes ou de mentions « J’aime » : les profils mettent surtout en avant l’activité professionnelle et les travaux effectués, à la manière d’un CV. Pour finaliser son inscription, le chercheur doit entrer son adresse professionnelle, à savoir une adresse Internet liée à une université reconnue par le site.


À partir de ce « profil RG » (pour ResearchGate), le chercheur peut publier, effectuer des recherches, mais également participer à des Topics, ou sujets de discussion entre chercheurs. Une sorte de forum qui ne publierait que des réponses réfléchies. Le site permet par ailleurs de mettre en relation, sous la forme de groupes de travail online, des spécialistes de disciplines données sur des thèmes choisis par les utilisateurs. Plus qu’un espace de partage, le site se veut ainsi une nouvelle matrice de découvertes scientifiques.


Une manière de se substituer aux cercles classiques, que constituent les universités ? « Sûrement pas, insiste Ijad Madisch, il s’agit plus de compléter les réseaux traditionnels que de les remplacer. Il est cependant vrai qu’il est très difficile de parvenir à publier aujourd’hui, si l’on suit les schémas classiques. C’est là que ResearchGate peut apporter quelque chose, on aplanit les difficultés. Et en favorisant la communication, on évite aussi plus facilement de faire des erreurs. » Une formule qui semble marcher, puisque aujourd’hui, le site recense plus de 1,5 million de publications partagées




Un succès exponentiel: le nombre de publications a plus que doublé depuis 2011
Crédits: ResearchGate


Le point commun avec Facebook ? Pas forcèment celui que vous pensez

L’inscription à ResearchGate est gratuite. D’où viennent alors les financements du site ? De plusieurs groupes, dont Founders Fund, une société d’investissement créé en 2005, et notamment connue pour avoir financé le lancement de Paypal, Spotify et Facebook. L’entreprise a par ailleurs une réputation de relative non-ingérence dans la gestion des projets financés, menant une stratégie dite « founder friendly ». Pour Ijad Madisch, l’intérêt de son investisseur est avant tout philanthropique. Il ajoute cependant que la recherche menée peut « indirectement servir d’autres projets » du groupe.


De fait, la biologie, la médecine, la chimie, les sciences informatiques et de l’ingénieur apparaissent comme les disciplines les plus représentées sur le site, en termes de publications comme de chercheurs associés. Viennent ensuite les sciences humaines et les sciences fondamentales comme les mathématiques. Une hiérarchisation spontanée qui, pour le coup, ne change pas encore fondamentalement l’orientation de la recherche par rapport aux cercles "classiques".




Researchgate pourrait être le nouvel outil déterminant dans le processus de découverte scientifique
Crédits: ResearchGate


Mais pour Ijad Madisch, la différence se fera surtout au niveau de la rapidité et de la facilité d’échange entre chercheurs. « Je veux permettre aux jeunes talents de parvenir à se faire connaître plus vite » ajoute le jeune PDG. L’objectif annoncé est de « libérer la découverte scientifique », de favoriser l’innovation en dépassant les lenteurs du système traditionnel. « Ainsi, on pourra libérer le processus de découverte scientifique ».


Berlin, ville d’innovation



Ijad Madisch voit Berlin comme une ville riche de jeunes potentiels
Crédits: ResearchGate

Les bureaux, sobres, se tiennent à deux pas du Musée d’Histoire Naturelle et de l’université Humboldt, dans un grand bâtiment moderne. Discrets, mais idéalement placés. Les couloirs sentent le neuf. Une équipe d’une soixantaine de personnes s’y active pour assurer le fonctionnement du site. Le choix a été fait d’adopter une structure simple, avec le statut de SARL. Le staff est jeune et international.


Pour installer le siège de ResearchGate, Ijad Madisch hésitait entre San Francisco et Berlin. S’il a finalement tranché pour la capitale germanique, c’est en fonction de plusieurs critères : « des raisons financières notamment. Il était beaucoup plus difficile de s’installer à San Francisco. Et puis, la ville comptait déjà tellement de sociétés attractives qu’il était difficile de trouver des jeunes talents pour notre entreprise. Berlin était déjà, à ce stade, un terreau plus fertile. Enfin, un autre facteur déterminant a été la richesse culturelle de la ville. »


Yann Samain

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