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Des sangsues en Aquitaine

Publié le 29 janvier 2013 par Camille Larbey | Sciences & technos  
Près de 35 000 sangsues sont élevées près de Bordeaux. Car l'Hirudo medicinalis (selon son nom savant) est un précieux auxiliaire de médecine aux multiples vertus.


Non, la thérapie par les sangsues n'est pas un remède de charlatan. Précieuses auxiliaires de médecine, elles sont par exemple utilisées en chirurgie plastique, lors d'opérations délicates telles les greffes d'oreilles, de doigts ou de peau. Leur salive contient notamment de l'hirudine, une substance qui facilite la circulation du sang, diminue les risques de rejet, accélérant ainsi la guérison. Mais où peut-on trouver ces petites bestioles ? Chez un éleveur ! À Eysines, près de Bordeaux, Ricarimpex est la dernière entreprise en France spécialisée dans l'hirudiniculture, en d'autres mots l'élevage de sangsues. Faisons maintenant plus ample connaissance avec ces parasites visqueux...

Ricarimpex possède deux grands bassins près d'Arcachon, où sont élevée 35 000 sangsues. Les conditions de vie de ces invertébrés sont idéales : une eau propre régulièrement renouvelée, au pH neutre, avec toutes sortes de plantes aquatiques dont des nénuphars pour protéger du soleil l'été. Le grand luxe ! Autrefois, pour nourrir les sangsues, on plongeait souvent un cheval malade dans l'eau, ce qui entraînait le plus souvent la mort de la pauvre bête. Pour les pêcher, il suffisait de rentrer dans un bassin jambes nues. Les sangsues s'accrochaient alors à la peau et on les décollait ensuite en versant un peu de sel dessus.

Aujourd'hui, les méthodes ont bien sûr évolué. Les sangsues sont nourries avec du sang de volaille, et pour les récupérer, Ricarimpex utilise de grandes épuisettes. Elles sont ensuite réparties en trois catégories. Les plus petites sont envoyées au laboratoire d'Eysine qui va continuer à les nourrir et leur permettre d'atteindre leur croissance. Celles qui sont de taille moyenne sont stockées pour la vente. Les plus grosses sont réservées à la reproduction de l'espèce. La sangsue, prête à être vendue, jeûne pendant trois mois avant d'être expédiée aux clients. Affamée, elle se jettera alors sur le premier morceau de peau venu.

Ricarimpex exporte en moyenne 150 000 sangsues par an, en France mais aussi en Europe, Corée du Sud, au Brésil et aux États-Unis. Les acheteurs sont des hôpitaux, des cliniques, laboratoires de recherches, médecins généralistes, kinésithérapeutes, et même des vétérinaires. " Depuis 2 - 3 ans, il y a une recrudéscence de la demande des particuliers, explique Brigitte Latrille, directrice de Ricarimpex. Cette demande vient surtout des Allemands car cela fait un moment qu'ils les utilisent en tant que " médecine douce ". Mais celle-ce commence à arrivier en France." Des stars et sportifs célèbres ont recours à ces petits vers gluants. Le footballeur Louis Saha raconte : " Comment j'ai soignait mon genou qui gonflait I Je suis partis chez mes grand-parents en Guadeloupe et j'ai mis des sangsues sur mon genou. Depuis, il gonfle beaucoup moins. " Alors, à qui le tour ?

Histoire(s) de sangsues
L'hirudothérapie ne date pas d'hier. Dès le IIe siècle avant JC, les Égyptiens en faisaient couramment usage. Au milieu du XVIe siècle, certaines femmes galantes -  qui n'étaient plus vierges - auraient utilisé une sangsue pour simuler la défloraison lors de la nuit de noces. Discrètement introduite dans le vagin, la sangsue éclatait pendant le rapport sexuel, tachant les draps de son sang. Ainsi, l'honneur de la dame était sauf.
En France, la sangsue connait son âge d'or au XIXe siècle : dans ses travaux, le docteur  François Broussais, chirurgien dans l'armée de Napoléon Ier, recommandait les saignées et la pose de sangsue en grande quantité. Résultat : beaucoup de patients mourraient à la suite d'une hirudothérapie. Depuis, il se dit que " si Napoléon décima la France, Broussais la saigna à blanc ".  À cette époque, le recours quasi systématique aux sangsues dépeuple les marais français. En 1845, les Béchades, une famille de fermiers girondins, fondent alors une société d'élevage de sangsues de bassin. L'activité devient florissante. L'entreprise prendra, en 1960, le nom de ... Ricarimpex.

INTERVIEW : Dominique Kähler Schweizer, spécialiste en hirudothérapie

Depuis combien de temps pratiquez-vous la thérapie par les sangsues ?
J'ai commencé dans les années 90, mais je la pratique de façon intensive depuis 10 ans. À partir de 2002, je me suis plongée dans la littérature française, allemande et anglaise traitant de ce sujet. Et j'ai également suivit une formation à Samara, en Russie, car les Russes sont les leader mondiaux de l'hirudothérapie.

Comment expliquez-vous un tel engouement pour cette forme de thérapie ?
Depuis le XXe siècle, on s'est rendu compte que la salive des snagsues contenait plus de 100 substances. On en connait seulement 30. Ces substances ont des effets anticoagulants, anti-inflammatoires, anti-infectueux, et même antidépresseur !

Quelles sont les pathologies que vous soignez le plus souvent ?
Les varices, les tendinites, les hématomes et les furoncles. Mais aussi l'arthrose du genou et du pouce ; les études prouvent qu'il y a, dans 85% des cars, une amélioration de la douleur et du mouvement.

Comment réagissent les patients lorsqu'ils viennent se faire poser des sangsues ?
La première fois, ils sont dégoutés. Souvant, avant d'arriver, ils se sont fait leur petit cinéma dans leur tête. La deuxième fois, ça se passe tout de suite bien. Ce sont les patients eux-même qui ramassent les sangsues pour les mettre dans le pot lorsque l'une d'elles, rassasiée, se détache de la peau et tombe.

Quel avenir prédisez-vous à la sangsue ?
La sangsue n'a pas de lobby. La recherche est donc difficile et lente car on n'a pas le budjet comme les grands groupes pharmaceutiques. Mais en 3 ans, on a fait beaucoup de progrès. Ce n'est que le début et je suis confiante : on découvrira bientôt, je l'espère, toutes les possibilités de la sangsue.

Camille Larbey
Dossier publié dans Écoute, février 2013
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

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