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Une critique en règle des sondages d'opinion par Alain Garrigou

Publié le 03 décembre 2011 par Luc Allain | Politique  
Invité par les étudiants à l'IEP d'Aix-en-Provence, l'universitaire Alain Garrigou s'est livré, mardi soir, à un exposé sur un thème dont l'actualité n'a échappé à personne: "les sondages d'opinion et l'élection présidentielle". Co-auteur d'un Manuel Anti-sondages, il dénonce volontiers une "machine à fabriquer de fausses opinions".
Professeur de sciences politiques à l'université Paris X Nanterre, Alain Garrigou a consacré de nombreux ouvrages et articles à la sociologie politique. Fondateur de l'Observatoire des sondages, il se montre très critique envers les sondeurs qu'il considère comme "des marchands" à l'opposé de la démarche scientifique dont il se revendique.

Au cours de cette rencontre, l'universitaire est revenu sur la nécessité d'une analyse des sondages d'opinion: "Sans la critique, nous ne saurions rien sur les sondages, hormis que ça monte ou que ça descend". Il insiste: "Ils sont destinés à produire une situation. Quand une situation est considérée comme réelle, elle l'est dans ses conséquences". Raison pour laquelle il estime que les sondages ont une influence réelle sur le vote des citoyens "et donc des conséquences nocives pour la démocratie".

Sondages rémunérés

Listant des exemples de sondages truqués ou manipulés, il a démontré comment ceux-ci sont parfois mensongers et utilisés à des fins politiciennes. Non-publication des coefficients de redressement, choix du panel, questionnaires qui obligent à une réponse, tout est bon pour obtenir le résultat souhaité. Pour lui, cela s'explique par les liens étroits qu'entretiennent les instituts de sondage avec le personnel politique: "Les sondeurs sont aussi commentateurs et conseillers des candidats. Avec cette triple casquette, il y a une machine à fabriquer l'opinion."

S'il explique que "de moins en moins de gens acceptent d'être sondés"  (il rappelle qu'il faut en moyenne 13 000 coups de téléphone pour sonder 1000 personnes), il reste pessimiste quant à l'évolution de la situation. En effet, il considère les sondages rémunérés en ligne comme "le nouvel eldorado" des instituts. Or, ces nouvelles pratiques sont dangereuses à ses yeux: "On ne donne plus son opinion, on la vend. On quitte le fondement démocratique de désintéressement".
 
Favorable  à un meilleur encadrement des sondages, il considère l’autorégulation actuelle comme « la pire des solutions, la loi de la jungle avec une apparence de contrôle ». Il prône un véritable encadrement par l’Etat par une commission indépendante composée de scientifiques et non de fonctionnaires et dotée de réels pouvoirs de sanction. A quelques mois de l'élection présidentielle, Alain Garrigou a réitéré sa mise en garde contre une "sondomania" qui nuit à l'exercice démocratique.


L'observatoire des sondages
Luc Allain

Article publié le 1er décembre 2011 dans La Provence
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L'auteur : Luc Allain


Luc Allain Mes articles

Formation : Sciences Po Aix-en-Provence + M2 Journalisme politique à l'international

Participation à : Public Sénat, Lepetitjournal.com, La Provence, The Ground, Tv7campus, Tv7 Provence, Le cercle des économistes


Médias : Web, presse écrite, photo

Bio : Diplômé de Sciences Po Aix, j'ai d'abord travaillé sur les élections législatives et présidentielle pour les 2,5 millions de français expatriés. J'ai ensuite arpenté les couloirs du Sénat pour Public Sénat avant de travailler comme responsable éditorial d'un webzine à destination des étrangers francophiles, le tout saupoudré de piges. Photographe à mes heures perdues.