Collectif de journalistes et photographes
Rechercher :
Accueil / Articles / Politique

"La RDA vit encore à travers les traces de sont passé"

Publié le 20 juin 2011 par Gabriel Siméon | Politique  
Walter Momper est un témoin à part des bouleversements qu'a connus Berlin. Membre duparti social-démocrate allemand, il fut maire de Berlin-Ouest au moment de la chute du Mur, avant de devenir le premier maire de la ville réunifiée. Une interview réalisée dans le cadre du mémoire de 4ème année à Sciences Po Aix-en-Provence : "Berlin : quelles mémoires ?".
Qu'est ce qui symbolise pour vous le mieux la transformation de Berlin depuis la chute du Mur ?
C'est d'abord la porte de Brandebourg, et puis bien sûr la reconstruction de la Potsdamer Platz, qui est désormais très animée. La porte de Brandebourg est le symbole de l'unité et le monument qui l'incarne le mieux. On débat actuellement au sujet d'un projet de mémorial de l'unité allemande, ce qui n'a pour moi aucun sens car si tant est qu'on doive en choisir un, ce mémorial est la porte de Brandebourg.

20 ans après la réunification, diriez-vous que l'Allemagne de l'Ouest a imposé sa culture à l'Allemagne de l'Est ?
Non, je ne crois pas. Il faut dire que les habitants de Saxe et de Thuringe, mais aussi du Brandebourg et du Mecklenbourg [les anciens Länder de l'Est, ndr] ont leurs propres traditions depuis des centaines d'années, et celles-ci sont restées. Les Länder ont chacun une histoire et une consciences bien spécifiques. En Allemagne, les différences entre le nord du pays et les Bavarois ou entre les habitants de Saxe et le reste de l'Allemagne sont de toutes façons beaucoup plus grandes que celles entre l'Est et l'Ouest de l'Allemagne.

Vous avez donc le sentiment que les Allemands de l'Est et ceux de l'Ouest ne sont plus séparés dans les esprits…
Pas chez les jeunes en tout cas. Pour eux, tout cela est du registre de l'histoire. En ce qui concerne les personnes plus âgées…
Les Allemands de l'Est ne pouvaient pas voyager, et ont bien sûr eu des difficultés à s'adapter. Le problème que pose l'unité allemande est d'abord lié au fait que la productivité de l'économie est-allemande n'est toujours pas au niveau de celle de l'Ouest; c'est pour cela que le taux de chômage y est plus élevé. Il y a ensuite, justement, cette séparation dans les têtes.

En tant que premier maire de la ville réunifiée, avez-vous été confronté à la gestion du passé ?
Après la réunification, et même avant, on a pu voir les anciennes hiérarchies du SED [le parti officiel en RDA] voler en éclats, et tous ceux ayant travaillé pour la Stasi être flanqué à la porte. Ces personnes symbolisaient l'ancien système, et certains étaient également de dangereux individus. Bien sûr, on ne peut pas généraliser, mais certains l'étaient bel et bien, et devaient donc partir. Il s'agissait en grande partie d'individus ayant travaillé pour la Stasi et de ceux qui occupaient une fonction politique importante, comme les procureurs et les juges, même s'il n'est pas possible de dire que tous les juges étaient des serviteurs du régime. Il s'agissait ensuite d'identifier tous ceux qui avaient travaillé pour la Stasi de manière officieuse. Le problème est que beaucoup l'ont caché. Mais lorsque leur dossier fut rendu public vers 1991-1992, tous ceux qui travaillaient dans le service public furent renvoyés. Ces discussions sont encore d'actualité, puisqu'on découvrent d'anciens indics' toujours aujourd'hui. Et cela risque de durer encore un moment.

Beaucoup de traces de la RDA ont aujourd'hui disparu. Qu'en pensez-vous ?
Je trouve qu'on voit encore assez de traces du passé. Le Mur a bien sûr disparu, mais il faut dire que les Berlinois n'en voulaient plus. Des gens viennent, les touristes en premier lieu, et se demandent où était le Mur. Et il y a des personnes qui veulent le reconstruire. On pourrait faire ça à Disney, mais pas à Berlin… Dans le paysage urbain, il y a évidemment encore beaucoup de signes de la RDA. La Frankfuter Allee, qui s'appelait Stalin Allee, et son style néo-classique typique des années cinquante et de villes comme Moscou ou Kiev. L'ambassade de Russie également. Tout cela on ne le remarque plus tellement aujourd'hui car c'est un peu vieillot et qu'il existe des bâtiments plus grands autour. Il y a donc assez d'indices qui peuvent permettre de dire que la RDA vit encore à travers les traces du passé.


Propos recueillis et traduis par Gabriel Siméon

Entretien publié en mars 2011 dans le mémoire de 4ème année de Sciences Po Aix "Berlin : quelles mémoires ?"
comments powered by Disqus

L'auteur : Gabriel Siméon


Gabriel Siméon Mes articles

Formation : Diplômé de Sciences Po Aix-en-Provence et du master 2 "Journalisme politique à l'international"

Participation à : Libération, Science & Vie, 01net (mag), Metronews, Les Inrockuptibles, L'Express, L'Expansion, L'Humanité-Dimanche, La Gazette des communes, Neon, Grazia, Atlantico, L'Usine nouvelle, La Provence, Le Dauphiné libéré, L'Eco, Technikart, Vice, Gonzaï, The Ground, La Gazette Drouot, Industrie & technologies, Maxisciences, Frankreich erleben, TV7 Provence, France Bleu Vaucluse

Médias : Presse écrite & web

Bio : Environnement, sciences, numérique, nouvelles technologies