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Caravan Palace : les trafiquants de swing

Publié le 19 décembre 2011 par Camille Larbey | Culture  
​En mêlant électro et swing, Caravan Palace risquait de s'enfermer dans une niche. Mais un succès immédiat et une énorme tournée ont fait taire les Cassandre...
Pour son deuxième album, Caravan Palace a souhaité prendre son temps. La sortie, initialement prévue pour fin 2011, a été repoussée de quelques mois. Leur premier LP a fait un carton, 100 000 exemplaires vendus en France, suivi d'une tournée marathon de deux ans et demi : 250 concerts, plusieurs dates en Europe et aux USA, puis un final lors de la fête de l'Huma, en septembre 2010, devant 50 000 personnes. Après un repos bien mérité, le groupe a passé un an en studio pour donner une suite à l'album Caravan Palace. Nous les retrouvons dans leur antre : une succession de caves voutées où s'entassent instruments, claviers, ordinateurs, machines diverses et même de vieux fauteuils de train pour méditer entre deux sessions. À ce jour, seul un nouvel EP - Clash - est sorti. Pour l'album à venir : "On reste forcément sur la même ligne : swing + électro. Sur le premier, on avait l'habitude d'être tout le temps au taquet, dans le "up-tempo". Là, il y en a encore, car clairement on aime ça ! Mais on a cherché à développer d'autres univers, plus de profondeur, avec plus de variations de tempo" explique Arnaud, guitariste / clavier. Les propos sont confirmés par Charles, contrebassiste / clavier : "ça reste du Caravan, mais plus pointu."

"Choisir c'est sacrifier" dit l'adage, et entre l'électro et le swing, le groupe ne souhaite toujours pas prendre parti. Les fans peuvent donc se rassurer, pas de virage à 180°, seulement quelques nouvelles embardées musicales. D'ailleurs, les deux titres de l'EP témoignent du contraste adopté par le groupe : leur électro s'est affutée, comme sur le morceau Clash. "On a appris à mieux se servir des synthés et des compresseurs. Quand on a commencé le projet Caravan Palace, on n'était pas très calé niveau production, donc quand on sortait des morceaux, ça ne faisait pas rêver. Du coup on a beaucoup travaillé la production." Lors de la composition, les musiciens ont passé bien plus de temps à remodeler leur musique, la tordre, lui donner la patine souhaitée, qu'à jouer de leurs instruments : "Les gens pensent souvent que les morceaux lents sont les plus recherchés, alors que les morceaux dancefloor sont les plus durs à faire : il faut trouver un bon équilibre, une bonne structure. C'est sur eux que l'on passe le plus de temps. Cela demande plus de boulot de laborantin", précise Arnaud.

Lors de la création du projet Caravan Palace, en 2005, il y avait Charles, Arnaud et Hugues Payens, violoniste et programmateur comme ses acolytes. Les autres musiciens et la chanteuse n'étaient que des intervenants. Mais peu à peu, leur place a gagné en importance. Antoine Toustou, l'homme aux machines, fait partie intégrante de la composition du second album. L'ambiance au sein du groupe à l'air saine, et ses membres sereins : "On est heureux dans ce groupe. En même temps, ce serait bizarre si on était des mecs sombres alors que l'on joue Jolie Coquine sur scène !".

Caravan Palace ne serait pas ce qu'il est sans Zoé Cotolis, sa fougueuse et charismatique chanteuse. Ceux qui ont déjà vu le groupe en live savent bien le magnétisme dont elle est capable. En studio, sa voix est modelée tel un instrument par ses camarades masculins : "On est assez directif sur les voix, on sait ce que l'on veut, explique Charles. On maltraite un peu sa voix dans nos effets pour que ça sonne comme on aime. On a envie d'avoir ce grain "vieux sample", même sur la voix. Les beaux sons, très propres, avec un joli micro, ce n'est pas du tout ce que l'on cherche." Sur certains titres, comme 12 juin 3049, ce n'est pas la voix de Zoé que l'auditeur entend, mais des bouts de samples tripatouillés. Même une oreille avertie aurait du mal à faire la différence ! Les irréductibles du Français grinceront de ne jamais entendre la langue de Molière sur les morceaux de Caravan... Arnaud justifie ce choix de l'Anglais : "On est pas contre l'idée de chanter en Français, mais on pense que cela ne correspond pas à notre musique. Ça ne fonctionne pas, on a besoin de la sonorité anglo-saxonne."

Lorsque Caravan Palace déboule, au milieu des années 2000, avec son électro-swing, le jazz manouche est déjà en vogue, mais les maisons de disques sont réticentes et ne savent pas trop où ranger cette musique hybride. Le prestigieux label Blue Note est plusieurs fois intéressé pour les prendre en licence, mais sans suite. Finalement produit par le Café de la Danse , c'est Wagram qui parie sur ce crossover. Les autres n'ont plus qu'à se mordre les doigts. Aujourd'hui, Caravan redoute déjà les mauvaises langues qui reprocheront au deuxième album de trop ressembler au premier. L'autre risque, en mélangeant deux genres musicaux distincts, s'est de s'attirer la critique de deux fronts à la fois : "Au début, les puristes du milieu swing jazz manouche nous prenaient pour des arrivistes, car selon eux, on ne doit pas toucher à Django. Mais ça restait une minorité... Notre troisième concert était au Festival Django Reinhardt, à Samois (77), le festival des puristes. La journée, on était un peu en stress, on pensait qu'on allait se prendre des tomates, et en fait, ça c'est très bien passé. Les puristes sont sûrement restés derrière ou repartis au camping !" Quant aux gardiens du temple de l'électro : "Le milieu de l'électro se fout un peu de nous. Il pense que l'on ne fait pas vraiment de la musique électronique". Caravan Palace laisse donc aboyer les chiens, car finalement ce qui compte pour eux, c'est faire guincher le public.

Camille Larbey
Rencontre publiée dans Longueur d'Ondes, n°62, hiver 2011-2012
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Vocable, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


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