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José Luis Alcaine : "Guernica est un hommage au cinéma"

Publié le 27 octobre 2011 par Gabriel Siméon | Culture  
Pour le directeur de la photographie espagnol, L'Adieu aux armes de Frank Borzage a inspiré la célèbre peinture Guernica de Picasso. José Luis Alcaine revient aussi sur sa relation avec Pedro Almodovar, avec qui il a plusieurs fois travaillé.


Comment êtes-vous arrivé à l'idée que le film L'Adieu aux armes a pu inspirer Guernica ?
En suivant l'un des principes de Picasso : je ne cherchais rien, et j'ai trouvé. Cela m'a sauté aux yeux d'un seul coup en visionnant un passage du film, et je me suis dis : "ça c'est Guernica". D'autres références me sont venues ensuite, après avoir vu et revu la séquence en question. C'est très surprenant de trouver toutes les références de Guernica réunies en à peine cinq minutes de film.

Cela enlève-t-il une part du génie de Picasso ?
Non, au contraire. En plus d'être une grande peinture politique contre la guerre, Guernica est presque un hommage au cinéma.

Vous avez initialement été invité en Provence à l'occasion du festival du cinéma espagnol Cinehorizontes (jusqu'au 23 octobre). Cela doit vous changer du tapis rouge de Cannes…
Ce qui importe vraiment, c'est de faire comprendre aux différents publics l'importance de la photo, et les diverses possibilités de création qu'elle offre. Un festival comme Cinehorizontes se démarque des autres par la présentation de films très différents, qui nous permet de comparer nos œuvres et de voir qu'on fait, avec la lumière, un travail qui est vraiment important au niveau cinématographique.

Vous avez beaucoup travaillé avec Pedro Almodovar. Quelle relation entretenez-vous avec lui ?
C'est une relation assez surprenante. On est un peu psychologues l'un de l'autre. On parle un peu de tout, de ce que nous aimons, mais généralement très peu de photo. Par exemple, sur le tournage de La Piel que Habito, j'ai réalisé une lumière sans que nous en ayons discuté au préalable. Cela donne une photo un peu différente des films normaux, dans lesquels on peut deviner presque à l'avance la trame principale, rien qu'à travers la lumière. Tout y est trop appuyé, trop marqué. J'ai essayé de travailler de telle sorte que le spectateur ne puisse pas percevoir ce qui va arriver. Au risque d'en dérouter quelques-uns.

Ce film, justement, est une vraie rupture par rapport aux précédentes oeuvres d'Almodovar…
Oui. J'ai eu une très grande liberté sur ce tournage, et il ne s'en est jamais plaint. On a été d'accord du début à la fin. On a également eu la chance que quasiment tout le film se déroule dans une seule et même maison, avec très peu d'acteurs, ce qui nous a permis de tourner de manière chronologique.

Du haut de votre longue expérience, quel regard portez-vous sur le cinéma espagnol d'aujourd'hui ?
C'est un regard triste, car quelque chose ne marche pas dans la vision politique du cinéma espagnol. Le ministère de la culture se félicite des 185 films qui sont réalisés tous les ans, seulement, la plupart sont faits avec très peu de moyens et on n'en voit qu'une dizaine au final. Le reste est invisible. Les aides au cinéma sont mal dirigées, et beaucoup trop de nouveaux réalisateurs sortent des écoles de cinéma espagnoles. Or l'Histoire nous dit qu'il est rare de voir plus de deux réalisateurs percer chaque année. Il faudrait envisager de spécialiser davantage ces écoles, dans la série, le documentaire, ou la publicité.

Quelle casquette préférez-vous porter : directeur de la photographie ou réalisateur ?
Je pense faire un très bon travail dans mon domaine, et je n'ai aucune raison de passer à la mise en scène. J'aime beaucoup trop la lumière et les périodes de tournage pour cela. Un réalisateur comme Pedro Almodovar, c'est un film tous les quatre ans, et moi j'aime bien tourner trois à quatre fois par an.

À 72 ans, on continue à apprendre des choses sur le plan cinématographique ?
Oui, et heureusement ! Tant qu'on a l'envie d'apprendre, on est très vivant…


Interview publiée le mercredi 19 octobre 2011 dans La Provence
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L'auteur : Gabriel Siméon


Gabriel Siméon Mes articles

Formation : Diplômé de Sciences Po Aix-en-Provence et du master 2 "Journalisme politique à l'international"

Participation à : Libération, Science & Vie, 01net (mag), Metronews, Les Inrockuptibles, L'Express, L'Expansion, L'Humanité-Dimanche, La Gazette des communes, Neon, Grazia, Atlantico, L'Usine nouvelle, La Provence, Le Dauphiné libéré, L'Eco, Technikart, Vice, Gonzaï, The Ground, La Gazette Drouot, Industrie & technologies, Maxisciences, Frankreich erleben, TV7 Provence, France Bleu Vaucluse

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