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SomethinALaMode: l'électro s'accorde aux cordes

Publié le 04 juin 2011 par Camille Larbey | 
Tout, ou presque, a été mêlé avec l’électro : le jazz, le jazz manouche, le rock, le rap, le disco et la liste continue. Avec SomethingALaMode (SALM pour les intimes), c’est la musique classique qui se fait bidouiller dans tout les sens. Rencontre avec Thomas Roussel et Yannick Grangeant qui nous parlent de cordes, de mode et du qu’en dira-t-on.
Once Upon A Time In.... Dijon.

Il était une fois deux gamins qui fréquentaient le conservatoire la semaine et les clubs les week-end. Après avoir bossé leurs harmonisations et les 3èmes renversements lors des longues heures de solfège, ils découvraient Jeff Mills et Laurent Garnier sur les dancefloors de l’An-Fer, célèbre club électro de Dijon. Thomas Roussel, violoniste, et Yannick Grandjean, violoncelliste bercent leurs oreilles aussi bien avec du Chostakovitch, Stravinsky, Fauré que du Daft Punk ou Mirwais. Les deux instrumentistes sont réunis lors du projet « Blue Potential » : l’interprétation des classiques de Jeff Mills par l’Orchestre National de Montpelliers au Pont du Gard, lors de l’été 2006. SALM est né quelques quelques mois après, en octobre, lorsque Thomas, désormais arrangeur renommé et Yannick, auréolé d’un premier prix de conservatoire, se retrouvent autour d’un vieux PC afin de fusionner leur amour de la musique classique avec les flammes de la dance. 

Cordes VS Beats.

Depuis, la vie est belle pour le duo. Lors de la Techno Parade de Paris, en 2008, SALM joue devant 15.000 personnes. Ensuite, ils signent sur Yellow Productions, le label créé par Bob Sinclar. Ils invitent Karl Lagerfeld sur l’un de leur titre, « Rondo Parisiano ». En Juin 2009, ils jouent à Venise lors du défilé Chanel « Croisière 2009/10 ». Un mois plus tard, « Rondo Parisiano » est présent sur la très branchée compile de la boutique Colette. La machine est lancée. L’étonnante musique hybride de SALM conserve une élégance et le mélange cordes/Beats ne sombre jamais dans le mauvais goût. Afin de ne pas gâcher la surprise, nous lèverons le voile sur seulement 3 titres. « GString » allie cordes mélancolique, basses Justiciennes et loops Daftpunkiens. « 5AM » est chanté par K. Flay par la rappeuse US ce qui rend le crossover musique classique-électro encore plus intéressant grâce à la touche hip-hop. Cette formule est d’ailleurs si efficace qu’elle mériterait d’être encore plus approfondie lors de leur prochain album. Enfin, le violoncelle triste de Yannick Grandjean sur « Dies Irae » mêlé aux lourdes basses donne un morceaux d’une noirceur inquiétante dans la veine d’un sombre trip-hop bristolien. Sur scène, SALM est un spectacle qui vaut le détour : on se laisse enivrer par les nappes de cordes dopées aux beats. L’électro-corde de SALM a le mérite d’apporter quelque chose de neuf dans l’ambient music. Par exemple, si vous organisez une soirée entre bobos, au lieu de servir à l’apéro la énième compile lounge du genre « Hôtel Costes Vol. 43 », un peu de SALM fera parfaitement l’affaire !

Quel a été le déclic pour passer à la composition de votre musique ?

Thomas : Déjà, avec Yannick, on se connaît depuis qu’on est tout petit car on était au conservatoire ensemble à Dijon. On est vraiment devenu pote à la fin du conservatoire quand il avait lui 17 ans, moi 20 et qu’on a commencé à faire des morceaux ensembles. Et là ça fait 10 ans qu’on joue ensemble, dans des formations très classiques ou de musique de chambre. On a commencé à faire des morceaux ensemble, en 2001, c’était juste de l’électro, on a pas eu l’idée de sortir nos instruments à cordes. Et en 2005, on a commencé à sortir nos instruments, simplement parce que c’est ce dont on savait jouer. Si on avait fait du sax on aurait sorti nos saxophones. Donc 2005, on joue nos premiers morceaux, pile poil au moment, je fais « Blue Potential » avec Jeff Mills, c’était une super expérience, d’ailleurs on est venu à Berlin avec Jell Mills pour défendre le projet. Yannick était présent dans ce projet, et là, on rencontre des gens des labels parisiens, on commence à faire écouter nos morceaux dont « By Your Side », le premier morceau qu’on avait fait ensemble et là on nous dit : « Ha ouais, ya trop un truc, allez-y les gars, creusez ! »

Donc vous avez senti qu’il y avait un créneau disponible dans le crossover électro-corde ?

Thomas : Une envie d’abord, super sincère.
Yannick : En fait comme Thomas l’a dit, c’était l’évidence pour nous. Les mecs qui font de la gratte, ils font du rock, nous on fait du classique et de l’électro donc on a mélangé les deux. Après, est ce qu’on s’est dit qu’il y avait un créneau ? Oui, clairement, et puis on sentait un peu le vent arriver avec Gotan Project, Saint Germain, Caravane Palace.
Thomas : Des cordes dans l’électro, c’est pas nouveau, j’ai toujours eu l’impression qu’il y en a eu. Mais par contre que des mecs qui font de l’électro fassent aussi les cordes et si possible, en même temps sur scène, ça c’est peut être nouveau.
Yannick : Le traitement qu’on donne des cordes est plutôt lyrique, et pas disco par exemple. Mais pour Caravane Palace, on a commencé le projet avant que leur album sorte. Et quand c’est sorti on était un peu vénère mais on s’est dit « Tiens, c’est peut être un bon signal finalement ».

 Vous avez poussé le mélange encore plus loin en intégrant du hip-hop avec la chanteuse K.Flay, sur le titre « 5AM ».

Thomas : Ca c’est un crossover qu’on aime vraiment bien. C’était vraiment quelque chose qu’on voulait entendre. Et puis cette petite rappeuse qu’on a trouvée sur myspace, ça a tout de suite collé. On a fait d’autres démos ensemble qu’on n’a pas gardées car on pouvait malheureusement par tout mettre sur l’album. Mais je pense qu’on va encore bosser avec elle.

 

Surpris par la rapidité avec laquelle tout s’est enchaîné ?

 Thomas : On a eu de la chance !
 Yannick : Surpris, oui et non. Car on a pas une culture électro, on est arrivé sur Paris et on s’est tout de suite mis à faire ça alors qu’on se savait pas que la culture électro c’était sortir un maxi, puis deux maxi, puis un remix, puis mixer dans des soirées. Donc nous on est arrivé de notre province et on s’est dit « on fait un album ». Et on l’a fait ! On l’a fini fin 2008. Au même moment on a joué à la techno parade à Paris, et c’est là qu’on a rencontré notre producteur du label Yellow production et il nous a dit direct « on sort l’album ! ». Au même moment on a rencontré Arnaud Rebotini (DJ, producteur, pilier de la techno française NDLR) et on a retravaillé quelques sons ensemble.
Thomas : Le label voulais sortir l’album tout de suite, nous on a dit « hopopopopop, on voudrait juste faire valider notre album par un mec qui ait de la bouteille, qui puisse nous dire si notre manière de faire est la bonne »
Yannick : Et puis on avait envie de collaborer avec quelqu’un qui puisse nous apprendre.
Thomas : Il nous a appris et fait aimer le côté analogique des synthés qu’on a sur scène. Avant, on bossait tout en numérique et Arnaud nous a ouvert à ça et maintenant c’est devenu une vraie passion.

L’équilibre cordes/électro s’est-il fait naturellement ?

 Thomas : Dans notre tête, on n’a pas essayé de faire du classique mélangé à de l’électro. Certes les gens nous présente comme ça : « électro-musique classique ». C’est cool, mais on préfère l’appellation « électro-cordes ». Nous, ce qu’on voulait juste faire au début, c’est de l’électro. D’ailleurs on présente toujours le projet comme un projet électro, après il se trouve qu’il y a des instruments classiques dans notre musique. On a aussi remarqué qu’il y a des choses qui ne marchaient pas : on a essayé de mettre des cordes un peu partout mais le mariage ne prenait pas.

Comme on ne vit pas dans un monde parfait, l’album a aussi déclenché des avis négatifs. D’où viennent les critiques les plus acerbes, des puristes de classique ou de l’électro ?

Yannick : Alors on sait enfin ! Et ça va être une exclusivité que j’ai envie de dire au monde car ça nous a énervé évidemment mais bon, le monde est grand et chacun a ses goûts. Les premières critiques nous viennent des puristes de l’électro. Des critiques du monde du classique, ce à quoi on aurait pu s’attendre en premier, on en n’a eu aucune. Pour l’instant. Peut être parce qu’ils parlent moins fort que ceux du monde de l’électro. Mais là, on vient d’avoir les premiers retours de DJ phares de la techno qui disent « Pas pour moi ». Mais certains aiment aussi !
 Thomas : Pourquoi ils aiment pas ? Parce qu’ils trouvent ça louche en fait. C’était clairement dit dans ces termes-là. Ils trouvent le projet « louche » car déjà on est chez Yellow production, qui n’a pas sorti de projet depuis des années. Car ensuite il y a Karl Lagerfeld et ils se demandent pourquoi ça n’a pas été payé par notre label alors que c’est une vraie rencontre artistique. On avait vraiment envie de bosser ensemble et lui aussi. Les critiques portaient avant tout sur le single "Rondoparisiano" et non sur l’album. Pour nous, "Rondoparisiano" est un titre kitch, comme une bulle de champagne. Ce morceau était une surtout blague, assumée, mais une blague. Donc on peut comprendre que certains puristes de la techno trouvent ça bizarre.

 Justemment, ce featuring avec Karl Lagerfeld semble improbable. Comment c’est déroulé la collaboration ?

Thomas : Ca part d’une backroom ! (rire)
 Yannick : En Fait, on bosse avec un styliste qui s’appelle Olivier Bovin qui a une marque de fringue qui s’appelle « Fade », c’est un mec qui a la trentaine, parigo etc. et qui a habillé récemment LadyGaga. Et donc on bosse avec lui depuis un an, qui lui même bosse avec Michel Gaubert qui est le « Soundstyliste » de Channel et Karl Lagerfeld.
Thomas : Il est les oreilles de Karl. Yannick : Et de plein d’autres maisons genre Gucci. Il fait toutes les musiques de défilés, des boutiques. Il bosse pour 40 marques, c’est une usine, mais sa marque phare c’est Channel et son meilleur pote c’est Karl. Notre disque est arrivé dans les mains d’Olivier Bovin, qui l’a fait écouter à Michel Gaubert qui l’a fait écouter à Karl Lagerfeld qui nous a playlisté dans le défilé de janvier 2009. Ca a plu à Karl qui a demandé à nous rencontrer et à travailler avec nous pour le défilé suivant. Et on a joué pour le défilé de Venise, sur la plage. C’était rigolo car comme Karl voulait un truc plutôt épuré, on n’avait pas de synthé, tous les fils étaient enterrés dans le sable. On avait juste des pédaliers par terres qui nous permettaient d’envoyer des boucles. Avec le sable, on a flingué nos pédales d’effets. Mais ça valait le coup !

Un défilé pour Channel, la compil’ Collette, vous n’avez pas peur d’être récupéré comme « Le dernier son à la mode » ?

Yannick : C’est pour ça qu’on s’est fait bâcher par les DJ techno qui disent « c’est quoi ce truc ».
Thomas : Oui, mais ça fait parti du délire SomethingALaMode. On ne pouvait pas rêver mieux. Avant même d’enregistrer notre premier morceau, on avait trouvé ce nom de SomethingALaMode. C’était notre rêve aussi de jouer pour des défilés, donc le fait d’avoir joué pour Channel, la compil’ Colette, d’avoir Karl qui commence l’album en disant « Démodé pas démodé » on pouvait pas rêver mieux.
Yannick : Ca fait sens, après la question est de savoir si on arrivera à dépasser ça, 6 mois d’existence. Mais je pense que la richesse du crossover nous donne vachement de pistes à explorer.
 Thomas : On a encore plein de choses à dire !

Camille Larbey
 Article publié dans La Gazette de Berlin, le 23/11/10


 www.myspace.com/somethingalamode
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Vocable, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


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