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Emily Loizeau, l'interview.

Publié le 04 juin 2011 par Camille Larbey | 
A l’occasion de son passage en showcase à Berlin, La Gazette de Berlin a rencontré Emily Loizeau. Devant une tasse de thé, origine anglaise oblige, et derrière une légère timidité, au demeurant charmante, la jeune chanteuse nous raconte la genèse de son second album, ses envies et sa passion pour la musique.
Est ce votre première venue à Berlin ?

Oui, toute première. J’étais déjà venu ado en Allemagne, pour d’autres raisons, mais artistiquement parlant, c’est la toute première fois que je viens ici.

Vous venez de sortir « Pays Sauvage », quelles ont été les difficultés rencontrées dans l’élaboration de ce deuxième album ?

La seule difficulté était les enjeux artistiques qui ne concernaient que moi. J’avais certaines envies particulières de sons, je voulais que ce soit au plus près de moi, que ça parle de mes racines, de mes origines, que ça soit très brut, très assumé. Je voulais chercher ce que j’étais, de manière animale. La difficulté qu’il peut y avoir pour un deuxième disque est de vouloir à tout prix plaire à ceux qui ont aimé le premier et je pense que c’est spécialement ce qu’il ne faut pas faire. Le risque est de ne pas être au plus près de ce qu’on est. Il faut continuer à faire des disques où l’on s’échappe donc j’ai fait attention à bien parler de moi sur cet album, pour continuer à aimer ce métier et ne jamais se sentir perdu. Donc voilà, je n’ai jamais réfléchi aux attentes des autres.

Vous êtes bilingue grâce à votre origine franco-britannique et vous chantez dans les deux langues. Avez-vous des facilités à composer dans l’une d’entre elles ? Une des langues cherche-t-elle à prendre le dessus ?

Généralement c’est assez naturel car une musique appelle une langue particulière. Ce que j’ai aimé faire pour ce disque-là était d’aller parfois vers une traduction littérale pour voir justement ce que ça pouvait donner dans l’autre langue. Mais bon, c’est quand même une bonne part d’instinct au départ.

Vous n’avez jamais voulu choisir l’une des deux langues ?

 Non car j’ai été élevée comme ça. Ce qui n’exclu pas qu’un jour j’aurai envie de faire un disque entièrement en anglais ou en français. Et puis ma double origine a bien été acceptée en France, ça ne pose pas de problème que je chante comme ça. Il y a de plus en plus d’artistes français qui chantent en Anglais. Moi je suis très heureuse de pouvoir chanter à l’étranger car l’anglais permet plus facilement de se produire ailleurs qu’en France.

Vous faites parti de cette nouvelle génération de chanteuses qui ont explosées il y a 5-6 ans : Camille, Jeanne Cherhal, Anaïs, Pauline Croze, Olivia Ruiz, Coralie Clément etc. Comment expliquez-vous cet engouement général pour la chanson française au féminin ?

D’une part, ces filles ont toutes un univers, un caractère, une patte, un savoir faire et quelque chose d’excitant, de beau, de fort. Donc déjà ça explique une bonne partie des choses. Je pense par exemple à Jeanne et Camille qui proposent des choses toujours plus culottées et qui n’ont pas peur des virages. Ensuite, je pense aussi qu’il y a eu une mode des filles, du fait qu’il y en aient deux, trois qui sont sorties à un moment donné, tout les 15 jours il y avait « La nouvelle chanteuse du moment ». Ca, je trouve que ça a été plus nocif qu’autre chose. Mais on ne peut pas éviter ça car à partir du moment où on voit que des filles plaisent, quand il y en a d’autres qui se proposent, les directeurs artistiques se disent « ça va marcher ! ». Du coup je pense que ça a essoufflé un peu la chose, ce qui est normal. Je pense que maintenant la mode est plus aux groupes, aux groupes de rock, à un rock plus pur. Mais tant mieux car ça donne un nouveau souffle, de nouvelles idées, ça fait aussi qu’on parle peut être moins de nous, les filles, et quand on sort un disque, on a encore la possibilité de surprendre. Je me méfie des effets de modes mais celui-la était lié au talent des nanas qui sont arrivées en même temps.

Pour « Pays sauvage », vous avez collaboré avec Olivia Ruiz, Jeanne Cherhal et Nina Morato, il y a donc des liens tissés au sein de cette nouvelle génération de chanteuses ?

Oui ! Pour Olivia, Jeanne et Nina, c’était plus « anecdotique » car elles sont venues au dernier moment faire les chœurs sur « La femme à barbe ». Je connais bien Jeanne qui est une fille que j’aime beaucoup. Je connais un peu moins bien Olivia. Mais je bosse sur un truc pour Le Printemps de Bourge avec Camille, Olivia, Jeanne, Rosemarie de Moriarty et la Grande Sophie. On a un projet commun qui s’appelle « Les Françoises ». Chacune chante les chansons des autres et on s’accompagne les unes et les autres. Donc voilà, on se connaît. Mais je dirais que les gens qui ont été vraiment fondamentaux pour ce disque, car ils sont vraiment venus agrandir notre quatuor d’origine et se sont transformés en mes musiciens le temps d’un album, sont David Herman Düne et Moriarty. Et puis aussi Danyél Waro qui est venu juste pour un duo mais ses musiciens ont aussi participé au son et ont apposé leur patte. Ils se sont réappropriés les arrangements que j’avais écris. C’est devenu une belle histoire d’amitié, le temps d’un disque.

Y a t-il des artistes avec qui vous rêvez en secret de collaborer ?

Non pas vraiment car en fait ce n’est pas dans ce sens là que je pense les choses. En écrivant ce disque, je ne me suis pas dis « qui vais-je inviter ? ». C’était parti pour être un disque très solitaire, que je suis allée écrire toute seule, paumée dans la campagne. C’est en écoutant mes maquettes que je me suis rendue compte qu’il y avait un son collectif et qu’il fallait qu’on soit plein dans une chambre à chanter et à jouer et que là on était que cinq. Donc je me suis mise à réfléchir à qui je pourrais inviter. Comme avec mes quatre musiciens, on avait déjà un vrai son de groupe, il fallait aller chercher des gens dont je me sentais proche et avec qui on allait pouvoir créer l’illusion d’un groupe qui se connaît, qui a joué depuis 5 ans ensemble. Donc j’ai pensé à des gens qui jouaient déjà ensemble comme les Moriarty, j’ai pensé à David Herman Düne dont je me sens assez proche dans le son et dans l’état d’esprit. Tout ça pour dire que ce sont les chansons qui appellent et qui donnent une envie. La chanson avec Danyél Waro, c’était ça : en écrivant la version française de « Tell Me You Don’t Cry » ça m’a fait penser au Créole, dans la simplicité du français que j’étais en train d’écrire donc ça m’a fait pensé à Waro. Pareil pour « The Princess and the Toad » avec Thomas Fersen. Au début je voulais à tout prix un chanteur anglais qui allait chanter en Français et en écoutant son disque j’ai eu un éclair et je me suis dit « en fait cette chanson on dirait que je l’ai écrite en pensant à lui, avec le coté animalier des paroles ! ».

Le voyage et l’errance ressortent vraiment de vos albums, n’êtes vous pas encore fatiguée de cette vie de bohème ? Ne ressentez vous pas encore le besoin de vous poser quelques temps ?

 Oui. J’ai à la fois envie de bouger et je suis ravie de pouvoir le faire car je ne tiens pas en place. Mais effectivement, au bout d’un moment on est en manque de stabilité et d’un « chez-soi ». Cette maison en Ardèche, où j’ai enregistré mon disque, elle était là pour ça. J’avais besoin d’un refuge solitaire. Je suis un peu bipolaire peut être : je veux bouger tout le temps mais j’ai aussi un besoin de territoire. C’est un peu bizarre...

Vous avez participé à « La Mécanique du cœur », album-conte de Dionysos où vous interprétez le personnage de la nourrice. Luc Besson est en train d’adapter l’album en film d’animation. Allez-vous reprendre votre rôle lors du doublage du film ?

Je ne sais pas encore. J’ai fais mes tests voix, car mon personnage est assez âgé. Les producteurs voulaient savoir si ma voix parlée pouvait donner l’impression d’être celle d’une personne âgée. Donc finalement ce n’est pas très flatteur s’ils me prennent ! (rire). En tout cas je serais ravie de le faire car je viens du théâtre donc faire un doublage voix me botterait bien.

Le théâtre ne vous manque pas ?

Oui dans un sens car je n’ai plus le temps d’aller voir des pièces et parce que j’aimerais bien m’y remettre. J’ai l’impression de vivre le théâtre avec la chanson. Mon expérience de la scène, en concert, me donne envie de réexploiter le théâtre. La vie est longue, on verra bien...

Propos recueillis par Camille Larbey
Article publié dans La Gazette de Berlin, le 26/02/10.
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

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