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Babolat, la saga française de la petite balle jaune

Publié le 07 juin 2013 par Luc Allain | Economie & entreprises  

Partenaire officiel de Roland-Garros, l’entreprise française Babolat est aujourd’hui leader sur le marché du cordage et des raquettes de tennis. C’est elle qui équipe par exemple Rafael Nadal ou Jo-Wilfried Tsonga. Entre tradition et innovation, elle s’appuie sur un savoir-faire français depuis plus de 100 ans. Jean Ferrier, son Directeur Général Adjoint, revient sur cette saga familiale. 

 Pouvez-vous nous présenter en quelques chiffres l’activité de Babolat ?


Jean Ferrier : Babolat a réalisé en 2012 un chiffre d’affaires de 139 millions d’euros. Aujourd’hui, nous travaillons avec 340 collaborateurs à travers le monde et nous avons des relais par le biais de 7 filiales en Europe et aux Etats-Unis. Nous vendons nos produits dans 150 pays, et l’exportation représente 80% de notre activité, un chiffre en hausse. Pour vous faire une idée, l’Europe, le marché principal, représente 40% de notre chiffre, les Etats-Unis 25% et le reste du monde 30%, avec notamment les pays émergents : le Brésil, la Chine et l’Argentine par exemple. En ce qui concerne les raquettes, nous en avons produit, en 2012, 1,7 million et nous sommes leader sur le marché aux Etats-Unis, au Japon et en France.  


Que représente le cœur historique de votre activité aujourd’hui (cordage et machines à corder) ?

Effectivement le cordage est le cœur historique de notre activité depuis plus de 100 ans, et représente aujourd’hui 15% de notre activité. L’essentiel est aujourd’hui la production de raquettes, que nous avons débutée en 1994 et qui représente la moitié de notre chiffre d’affaires. Enfin, pour ce qui est de l’équipement des joueurs, notamment des chaussures pour lesquelles nous avons signé un partenariat avec Michelin, cela représente 13% de l’activité de Babolat. Pour le reste, le textile, et la bagagerie par exemple, représentent moins de 10%.

Vous êtes partenaire officiel de Roland Garros depuis 2011 et ce pour une durée de 5 ans. En quoi consiste concrètement cette présence ?

Effectivement nous sommes donc dans notre 3ème année de partenariat. L’objectif est de rapprocher les deux marques, en s’associant à Roland Garros qui est une marque avec une forte personnalité. Nous souhaitons faire vivre Roland Garros au delà du tournoi, par des produits estampillés Babolat-Roland Garros par exemple. Notre présence se traduit par l’utilisation d’une balle officielle signée Babolat, et par la fourniture du service raquettes par le biais de l’atelier cordage pour lequel nous délivrons notre expertise. C’est aussi une action au service du public, puisque le spectateur peut assister au cordage au sein de l’atelier, c’est une manière ludique pour les passionnés de tennis de découvrir les coulisses du tournoi, un peu comme dans un paddock de Formule 1. Par ailleurs, tous les joueurs, et pas seulement ceux équipés par Babolat, peuvent faire corder leurs raquettes. 

Combien de raquettes sont cordées durant la quinzaine du tournoi ?

Sur la quinzaine du tournoi, environ 3.700 raquettes passent par l’atelier de cordage.

Avec combien de joueurs êtes-vous présent sur le tournoi ?

Sur les deux tableaux, ATP et WTA, Babolat est présent à travers près de 100 joueurs professionnels. Mais nous accompagnons également les joueurs présents sur le tournoi junior (environ une cinquantaine) C’est important car Babolat équipe les joueurs qui sont au top aujourd’hui, mais également ceux qui – nous l’espérons - le seront demain. Je n’aime pas trop la notion de sponsor, qui traduit moins l’accompagnement du joueur. En effet nous équipons les joueurs, ce qui signifie que nous sommes là pour les observer et répondre à leurs besoins.  

Babolat, c’est une entreprise familiale vieille de 138 ans. Vous vous apprêtez à commercialiser la raquette du futur, la Babolat Play. C’est en quelque sorte le mariage entre tradition et innovation ?

C’est effectivement bien représentatif de la symbiose que réalise Babolat. C’est l’entreprise la plus

ancienne sur son marché – 138 ans d’existence – qui sait également se placer en première place en matière d’innovation. Cette dernière est l’une des clés du succès de Babolat. Cette raquette "Babolat Play" repose sur 3 caractéristiques pour le joueur : s’informer sur son jeu via les données récoltées, savoir comment progresser en se fixant des objectifs par un travail avec le coach et enfin de créer une communauté. Avec cette technologie de connectivité, nous souhaitons que les joueurs puissent se regrouper en communauté en échangeant leurs donnés, en les comparant.


L’innovation mais aussi la diversification. Babolat s’est lancée dans la conception de raquettes et d’équipements de tennis mais aussi pour d’autres sports de raquette. Quelles sont les prochaines étapes ?

Babolat est aujourd’hui N°1 en France. Effectivement nous appliquons notre savoir-faire en matière de raquettes à d’autres sports, notamment le badminton, très populaire en Asie, mais aussi avec le paddle, un sport moins connu mais populaire en Amérique du Sud et en Espagne. Cela nous permet d’avoir un relai des marchés locaux. Une des caractéristiques de Babolat c’est de se fixer des objectifs à long terme. C’est aujourd’hui la 5ème génération qui est à la tête de l’entreprise familiale, et il faut se projeter et savoir attendre le bon moment pour se lancer.

Vous avez adopté un nouveau logo cette année. Que traduit ce changement d’identité graphique ?

Nous n’avons pas vraiment de message officiel à faire passer. Ce changement doit permettre aux amoureux de la marque de se l’approprier. Dans ce logo, certains verront un héritage de la double ligne, qui fonde l’identité de la marque, d’autres y verront un court de tennis. Le but est surtout de permettre une meilleure visibilité de la marque sur de nouveaux supports.

Le cœur historique de votre activité est basé en France, en Bretagne et en Franche-Comté. Cette dimension Made in France fait-elle partie de l’identité de Babolat ?

Le berceau de Babolat se trouve à Lyon, c’est là que nous produisons notamment les cordages synthétiques. Pour ce qui est des cordages en boyau naturel, nous sommes basés en Bretagne (à Ploërmel ndlr) car c’est tout simplement là que se trouve la matière première pour cette activité. Nous produisons nos machines à corder à Besançon car cette région est le berceau de la micro-mécanique et de l’horlogerie. Nous avons un savoir-faire industriel en la matière, et un savoir-faire ne se délocalise pas.


En ce qui concerne les autres produits, la conception, le développement, les tests, toutes ces opérations sont réalisées dans la région lyonnaise. En revanche, le savoir-faire industriel pour ces produits, nous ne l’avons pas. Voilà pourquoi nous avons choisi de localiser ces activités là où le savoir-faire était le meilleur, à Taïwan par exemple pour ce qui concerne les raquettes.


Que diriez-vous à ceux qui critiquent le contexte économique français et prétendent qu’on ne peut plus y entreprendre ni d’innover ?

Ce qui est important c’est la création de valeur dans la conception. Aujourd’hui, le savoir-faire industriel pour certaines activités se trouve en Asie. Pour Babolat, la valeur c’est ce savoir-faire industriel que j’évoquais précédemment. En France, nous avons la capacité de recruter des talents et d’innover. C’est la raison pour laquelle les activités de conception et développement sont basées à Lyon. Mais nous n’avons pas de réflexe franco-français. Il se trouve que la raquette Babolat Play a été développée en partenariat avec la société Movea (spécialisée dans la capture de mouvements ndlr), qui est basée à Grenoble. Nous avons fait ce choix moins parce qu’elle est française que pour son talent.

Un pronostic pour les vainqueurs de cette édition 2013 ?

Avec la météo du moment, ça relève le défi. Bien évidemment nous souhaiterions qu’un Français gagne, 30 ans après Yannick Noah. Nous avons Jo-Wilfried Tsonga, que nous équipons, qui est bien parti. Nous espérons bien sûr une victoire de Babolat, comme avec Li Na en 2011. 

Propos recueillis par Luc Allain 
Publié sur lepetitjournal.com le mercredi 5 juin 2013
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L'auteur : Luc Allain


Luc Allain Mes articles

Formation : Sciences Po Aix-en-Provence + M2 Journalisme politique à l'international

Participation à : Public Sénat, Lepetitjournal.com, La Provence, The Ground, Tv7campus, Tv7 Provence, Le cercle des économistes


Médias : Web, presse écrite, photo

Bio : Diplômé de Sciences Po Aix, j'ai d'abord travaillé sur les élections législatives et présidentielle pour les 2,5 millions de français expatriés. J'ai ensuite arpenté les couloirs du Sénat pour Public Sénat avant de travailler comme responsable éditorial d'un webzine à destination des étrangers francophiles, le tout saupoudré de piges. Photographe à mes heures perdues.