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Fralib, le thé meurtrier d’Unilever

Publié le 26 août 2012 par Gabriel Siméon | Economie & entreprises  
Le patron de la multinationale, propriétaire du site de Gémenos, se livre à un chantage au désinvestissement si le gouvernement le pousse à céder la marque Eléphant aux salariés.
Paul Polman, le PDG d’Unilever, au G20 de Los Cabos
(Mexique), le 18 juin. (Photo Yuri Cortez, AFP)

Deux ans. C’est le temps qu’aura mis Paul Polman, PDG du géant des biens de consommation Unilever, pour sortir du bois et s’exprimer sur le dossier Fralib. Depuis septembre 2010 et l’annonce de la fermeture de l’usine Fralib de Gémenos (Bouches-du-Rhône), il laissait le soin au patron France de la multinationale d’encaisser la colère des employés après la délocalisation de la production des thés Lipton et des infusions Elephant à l’étranger. Mais l’avenir du site provençal est désormais si incertain que les 78 salariés (sur les 182 du site), qui désirent reprendre l’activité sous forme de coopérative (Scop), projetaient de demander demain à François Hollande d’«interpeller directement le président du groupe Unilever au niveau mondial» pour débloquer la situation. Face à cette éventualité, Polman a préféré dégainer le premier.

Bourde

Dans un
entretien publié hier dans le Figaro, le patron d’Unilever confirme la ligne adoptée par son entreprise depuis le début du conflit et douche les espoirs des «Fralib». Pas question, pour lui, de leur «céder la marque Elephant ou de sous-traiter des volumes» de production de thé. Deux points pourtant jugés essentiels pour que le gouvernement et les investisseurs privés accordent leur plein soutien au projet de coopérative des salariés. Nées à Marseille au XIXe siècle, les infusions Elephant sont désormais produites sur d’autres sites, en Belgique et en Pologne, au grand dam des socialistes, qui réclament leur retour en France. «Je suis convaincu que nous sommes allés bien au-delà de nos obligations légales, cela a coûté très cher, poursuit Polman, référence faite à la vente des machines encore présentes sur le site pour un euro symbolique à la communauté urbaine de Marseille. C’est très clair, le dossier est clos.»

Pour éviter toute pression future du gouvernement, le PDG va jusqu’à menacer celui-ci : «Si la France ne respecte pas ses lois, cela fera peser un risque sur les investissements […]. La France reste un pays où nous souhaitons continuer à investir. Mais il faut avoir la possibilité d’adapter nos capacités de production.» Le plan com semble bien ficelé. Il rappelle pourtant la bourde de Coca-Cola, qui menaçait l’été dernier de sucrer 17 millions d’euros d’investissements destinés à son usine des Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône) pour forcer le gouvernement Fillon à renoncer à sa taxe sur les sodas. Devant le tollé provoqué, le géant américain s’était finalement ravisé, évoquant une «erreur de communication». Coïncidence, l’usine de Coca-Cola en question est distante d’à peine 35 km du site Fralib de Gémenos…

«Il n’y a strictement aucun élément nouveau dans ce que dit Paul Polman. Maintenant, c’est au gouvernement de dire ce qu’il en pense», observe-t-on à la communauté urbaine de Marseille, où l’on se refuse à commenter davantage. Sollicité par Libération, le ministère du Redressement productif n’a pas souhaité donner suite. Du côté de la CGT Fralib, on fustige l’argumentaire du patron d’Unilever : «Polman veut faire le Zorro, mais peut-il se passer des consommateurs français ? Et si le gouvernement lançait une campagne d’information sur le comportement scandaleux de ce groupe ?» s’interroge le délégué syndical Olivier Leberquier. Satisfait d’avoir poussé son patron à faire connaître sa position, le syndicaliste réaffirme son ambition de travailler sur la Scop, mais n’écarte aucune autre solution. «Notre lutte consiste avant tout à maintenir l’emploi sur le site. Aujourd’hui, cinq ou six pistes intéressantes existent, qui peuvent d’ailleurs être complémentaires.»

Salaire

Mobilisés depuis près de sept cents jours, et pour le deuxième été consécutif, les salariés contestent toujours le troisième plan social d’Unilever, validé par la justice en avril après l’annulation des deux précédents. La cour d’appel d’Aix-en-Provence doit se prononcer mi-octobre et pourrait être amenée à l’invalider. Le 13 août, l’Inspection du travail contestait le motif de fermeture de l’usine avancé par Unilever - la sauvegarde de sa compétitivité -, estimant que la multinationale n’avait pas apporté «la démonstration de la nécessité de procéder aux suppressions de postes». L’autre procédure en cours concerne la douzaine d’élus du personnel qui n’ont pas reçu leur salaire de juin. Ils seront fixés sur leur sort le 17 septembre.

Ces représentants espèrent beaucoup de la rencontre avec François Hollande prévue le 31 août. «Nous attendons une confirmation de l’engagement du gouvernement à nos côtés et une intervention auprès de Polman pour lui imposer la cession de la marque Elephant», précise Olivier Leberquier. Des engagements déjà pris à Gémenos par François Hollande il y a un an…


Gabriel Siméon

Article publié le mardi 21 août 2012 dans Libération

Lire aussi :

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Les Fralib veulent qu'Elephant rentre en France

- L'action d'Arnaud Montebourg sur le dossier Fralib

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Fralib : Unilever (un peu) plus coopératif





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L'auteur : Gabriel Siméon


Gabriel Siméon Mes articles

Formation : Diplômé de Sciences Po Aix-en-Provence et du master 2 "Journalisme politique à l'international"

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