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La fin des huîtres ?

Publié le 31 mars 2012 par Camille Larbey | Economie & entreprises  
​Certains le savent déjà, les huîtres sont en train de disparaître suite à une maladie mystérieuse. Pour notre lectorat allemand - grand amateur d'huître mais peu au courant du phénomène - nous avons fait un état des lieux de la situation.

Qu'adoraient manger Cicéron, Casanova, Louis XIV ou encore Maupassant ? Des huîtres ! Rien de plus simple pour les déguster : un zeste de citron et une tranche de pain beurrée. En France, l'ostréiculture existe depuis le milieu du XIXème siècle. Depuis, l'huître est présente sur toutes les tables françaises, surtout en période de fêtes de fin d'année. Pourtant, elle est en danger. Si rien ne change, les ostréicoles, surnommés "les paysans de la mer", se retrouveront bientôt sans troupeau à élever...

Cela fait 20 ans qu'en Europe comme partout dans le monde, l'huître connaît une forte mortalité. En France par exemple, depuis quatre ans, elle est victime d'une maladie mystérieuse qui évolue très vite et tue entre 80 et 100% des naissains (comprenez, des "bébés huîtres").

L'huître sous surveillance
Le virus n'est heureusement pas transmissible à l'homme. "Il a bien été identifié, mais nous n'avons toujours pas trouvé son originie", explique Marion Le Foll de l'Ifremer (Institut de recherche pour l'exploitation de la mer), un laboratoire spécialisé dans les pathologies des mollusques. Il n'y a donc pas de remède pour l'instant... À cette maladie s'ajoute le changement climatique, la pollution des eaux ainsi que la grande tempête Xynthia qui a ravagé la côte atlantique en mars 2010. Beaucoup d'installations d'ostréiculteurs ont été détruites pas le vent violent. Il faut compter entre trois à six ans pour qu'une huître arrive à maturité, c'est pourquoi les stocks s'épuisent plus vite.

Un autre grand fléau : le vol d'huître en période de fin d'année. Notamment dans le bassin ostréicole de Grandcamp-Maisy en Normandie où huit tonnes d'huîtres ont été volées en 2009. Pour résoudre ce problème, les producteurs engagent des sociétés privées de surveillance. L'État met aussi à disposition des gendarmes dont des cavaliers de la Garde républicaine, afin de surveiller et protéger les bassins.

La principale solution pour repeupler les bassins est de modifier génétiquement l'huître et de la rendre ainsi plus résistante. On appelle cette dernière la "triploïde" ou "l'huitre des 4 saisons", car on peut en acheter à n'importe quel moment de l'année. Les producteurs élèvent les triploïdes dans des écloseries, ces bassins à l'intérieur des terres qui permettent de faire grandir les naissains dans les meilleurs conditions. Auparavant, les écloseries n'étaient utilisées que pour compléter les mauvaises années.



Explosion des prix
Mais en 2009, l'huître des 4 saisons représentait déjà plus de 30% de la production française. Une partie de la profession est contre la triploïde car selon elle, l'huître doit naître naturellement dans la mer et non dans un laboratoire. De plus, certains producteurs pensent qu'elle est responsable de la dégénérescence de l'espèce.

Bien que les Français soient les plus grands consommateurs d'huîtres au monde, ils connaissent peu les problèmes de mortalité de ce mollusque. Alexandre Hervé, producteur et vendeur d'huître sur l'île de Noirmoutier (en Vendée) raconte : "Les prix ont explosé en quelques années. Avant, 1 kilo d'huître n°4 coûtait quatre euros, maintenant je le vends huit euros, mans je ne fais pas de bénéfice. Pourtant, les client me traitent presque de voleur. Tout ce qu'ils voient, c'est la hausse des prix." L'ostréiculteur est pessimiste face à l'avenir. "Je pense sérieusement à arrêter la production d'huître car je perds trop d'argent", ajoute Alexandre Hervé. Notons en passant que les huîtres sont numérotées de 0 à 5 selon leur calibre, autrement dit, plus son numéro est petit, plus l'huître est grosse.

Pour surmonter cette crise, beaucoup d'ostréiculteurs doivent diversifier leurs activités. Certains se lancent ainsi dans le poisson et les fruits de mer, tandis que d'autres se tournent vers une activité plus touristique. C'est le cas de Marion Eude à Sarzeau, dans le Morbihan. La jeune femme propose de découvrir l'univers de l'ostréiculture. Cet été, elle a ainsi accueilli près de 300 visiteurs. Au programme : visite des bassins, initiation à la pêche à la palourde et dégustation. L'affaire fonctionne. Mais le cas de Marion Eude est une exception. "En quelques années, sur 16 conchyliculteurs de Noirmoutier, cinq ont fait faillite", s'inquiète Alexandre Hervé. Si la situation ne s'améliore pas d'ici peu, l'huître risque de disparaître de nos assiettes.

Camille Larbey
Article publié dans le numéro d'avril 2012 d'Écoute
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Vocable, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

Bio : Cultures