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Faut-il croire en la guerre des monnaies ?

Publié le 08 juillet 2011 par Gabriel Siméon | Economie & entreprises  
[en direct des Rencontres Économiques d'Aix-en-Provence] Lancée à l’automne 2010 par le Ministre des finances brésilien Guido Mantega, l’expression "guerre des monnaies" est loin de faire l’unanimité chez les économistes.
Malgré la polémique suscitée par cette formule, les différents intervenants ont donc pris soin de prendre leurs distances vis-à-vis d’elle. Le premier d’entre eux, Mario Draghi, qui prendra la succession de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) à l’automne prochain, a commencé par mettre en doute l’existence d’une telle guerre des monnaies, ne rejetant pas pour autant la réalité d’une confrontation des changes. Au cours d’une intervention où l’Italien s’est très vite éclipsé devant le futur banquier central européen, M. Draghi est resté très généraliste malgré la technicité de ses propos. Il a ainsi commencé par rappeler l’expérience positive de la crise, embrayant sur la difficulté qu’il y a à gérer la situation actuelle dans la zone euro du fait de reprises inégales.

C’est ensuite la question de la tentation que peuvent avoir les Etats d’utiliser le taux de change pour booster leur économie qui a été soulevée. Avec, en toile de fond, la confrontation monétaire entre les Etats-Unis et la Chine. Celle-ci dessine peu à peu les contours de deux blocs où, d’un côté, les pays émergents sont tentés de maintenir leur taux de change à un bas niveau, et de l’autre les pays développés se défendent d’intervenir directement. La majorité des intervenants a alors fait le constat d’une mauvaise distribution de l’épargne mondiale, excessive en Chine et insuffisante aux Etats-Unis. Sans surprise, tous ont plaidé pour une réévaluation rapide de la monnaie chinoise, le yuan.

Dans une salle plutôt favorable aux idées occidentales, Yan Lan, responsable de la branche chinoise de la banque d’affaire Lazard, avait la lourde tâche de défendre les visées économiques du gouvernement de son pays. Mme Yan a ainsi tenté de justifier la politique économique chinoise par la nécessité de contrôler l’appréciation du yuan, source d’instabilités politiques. Avant de brouiller un peu plus les esprits en affirmant une réévaluation du yuan déjà à l’œuvre, de la propre initiative des autorités chinoises. Comme l’a souligné Yan Lan, le problème semble davantage relever d’une divergence de point de vue sur la manière de gérer les économies aux quatre coins de la planète.

Au cours de cette session, il fut aussi question du rôle de l’Europe et de sa capacité à peser dans le débat. Eric Lombard, PDG de BNP Paribas Cardif, n’a pas mâché ses mots à l’encontre de la BCE, faisant dériver le débat sur le manque de discours sur la position externe de l’euro. Rappelant l’urgence qu’il y a à coordonner les politiques monétaires à l’échelle de la zone euro, M. Lombard s’est montré partisan de l’instauration d’un gouvernement économique de cette zone, doté de la capacité de travailler sur le change externe. Cette proposition est restée sans commentaire officiel de la part de Mario Draghi, qui prendra ses fonctions officielles à Francfort à l’automne prochain.

À la sortie de la discussion, de nombreuses questions restèrent en suspens. Mais les échanges ont débouché sur une certitude : si guerre des monnaies il y a, c’est plutôt une drôle de guerre.

Gabriel Siméon

Article publié le 8 juillet 2011 sur le
site des Rencontres Economiques d'Aix-en-Provence
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L'auteur : Gabriel Siméon


Gabriel Siméon Mes articles

Formation : Diplômé de Sciences Po Aix-en-Provence et du master 2 "Journalisme politique à l'international"

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