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La miel et autres monnaies parallèles

Publié le 07 mai 2014 par Camille Larbey | Economie & entreprises  
Les expériences de monnaie locale complémentaires se multiplient à travers la France. Nous faisons le point pour Écoute.
Depuis janvier 2013, les habitants du pays Libournais, région viticole au nord de Bordeaux, peuvent payer leurs achats du quotidien non pas en euros mais en miels. La miel (Monnaie d'intérêt économique locale) est une monnaie complémentaire (MLC). Elle est destinée à favoriser les échanges directs au sein d'un réseau de participants. Pour commencer, il faut acheter des miels au prix d'un euro l'unité. Les euros sont ensuite déposé sur un compte en banque comme fonds de garantie. Cet argent épargné sert entre autres à financer des logements sociaux dans la région. Le consommateur, de son côté, peut dépenser ses miels dans les commerces de proximité partenaires du projet : boulangeries, garages, coiffeurs, restaurants. A ce jour, 15 000 miels sont en circulation. Elles sont utilisées par 250 adhérents et 80 prestataires. Et ces chiffres sont en constante augmentation.


Quel est l'intérêt d'une monnaie complémentaire à l'euro ? Il faut savoir qu'aujourd'hui seul 2% des transactions monétaires sur la planète concernent des échanges de biens et de services. Les 98% restants appartiennent au monde de la finance, de la spéculation et autres opérations nébuleuses. La miel, elle, ne sert qu'à l'échange. Elle est une monnaie dite "fondante", c'est-à-dire qu'elle perd chaque année 4% de sa valeur. Cela signifie qu'elle ne peut ni être épargnée à la banque no cachée sous le matelas.
Par ailleurs, le fonctionnement d'une monnaie locale repose sur une éthique. Commerçants et prestataires participants doivent respecter une charte écologique et déontologique. Ainsi, lorsqu'une personne dépense ses miels chez l'épicier, elle est sûre d'avoir dans son panier des produits bio ou issus du développement durable. " pas question d'intégrer un supermarché dans le réseaux "  indique Pilippe Labansat, l'un des principaux coordinateur du projet. La monnaie complémentaire s'inscrit dans un microsystème qui vise à favoriser la production locale et tisser du lien social entre ses utilisateurs. " On ne va pas s'amuser à jouer à la marchande, précise Philippe Derruder, auteur investi dans les solutions économiques et financières alternatives. C'est un véritable engagement d'évolution citoyenne. Ce n'est pas la monnaie qui va changer les choses la façon dont on va l'utiliser qui va transformer la société." En résumer : dépenser, oui, mais de façon responsable.

Initiative locale, succès global
Les monnaies locales complémentaires sont aussi vielles que la monnaie. Elles existent sous des formes primitives depuis l'Antiquité. Au cours des siècles, ce moyen de paiement local a évolué selon le contexte économique. Par exemple, suite à la crise de 1929, le petit village de Schwanenkircher, en Bavière, met en place sa propre monnaie locale, la Wära. Les effets sont immédiats : les échanges commerciaux reprennent, le chômage disparait et le village se relève. Mais très vite, les autorités, mécontentes de cette concurrence, s'y opposent. Elles l'interdisent et le chômage réapparait. En revanche, le Wir, lancé en 1934 en Suisse, bénéficie d'une longévité surprenante : il est actuellement utilisé par 60 000 entreprises et génère un chiffre d'affaire de 1,6 milliard d'euros.
Aujourd'hui, il existerait entre 5 000 et 6 000 monnaies locales à travers le monde. En France, les expériences se multiplient depuis quelques années. Ainsi, plus d'une vingtaine de monnaie locales sont en circulation et une trentaine sont en projet à l'échelle d'un quartier, d'une ville ou d'une région. Un engouement analysé par Philippe Derruder : " Lors de la crise de 2008 qui dure encore, les citoyens ont été choqué de découvrir combien le monde de la finance et les banques étaient beaucoup moins digne et propre qu'il ne le paraissait. Les citoyens ont alors redécouvert la piste des monnaies complémentaires grâce auxquelles ils peuvent, de façon très locale et limité, remette la monnaie au service de l'humain au lieu  d'être asservi par cette dernière. "

Évolution des mentalités
En France, la majorité des municipalités accueille ces initiatives avec bienveillance. Certaines sont même très impliquées dans leur développement comme à Toulouse, où la monnaie "sol-violette" est de plus en plus présente dans le porte monnaie des Toulousains. Les banques, en revanche, ont tendance à se méfier de ces expériences. " À moyen terme, elles n'ont rien à craindre des monnaies locales car nous faisons dans le lilliputien, assure Philippe Derruder. Il ne peut y avoir de bouleversement économique par les monnaies locales. Mais une évolution des mentalités pourrait entraîner une évolution des pratiques économiques globales".

Camille Larbey
Article publié dans Écoute, mai 2014
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

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