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SEB a la frite

Publié le 25 février 2013 par Camille Larbey | Economie & entreprises  
Le groupe français SEB (SEB, Tefal, Calor, Moulinex, Rowenta, Krups) est le leader mondial de l'électroménager. Ses efforts dans l'innovation ont permis à la marque de conserver ses usines en France.

 



« Pour bien innover, il faut impérativement garder la production en France »
, résume Thierry de La Tour d'Artaise, PDG du groupe SEB. Bien qu'elle ait gardé une partie de sa production en France, l'entreprise est actuellement numéro un mondial du petit électroménager. L'une des principales raisons de ce succès : le goût des Français pour les frites !

 

De Cocotte à Actifry

La belle histoire débute dans les années 50, lorsque la Société d'Emboutissage de Bourgogne (SEB) lance sa cocotte-minute « Supercocotte ». Plus légère, plus solide et plus sûre que ses concurrentes, la « Supercocotte » devient immédiatement l'emblème de la marque. Puis, les produits de la marque SEB (grille-pain, friteuses, gaufriers...) font l'un après l'autre leur entrée dans les cuisines françaises.


Mais au début des années 2000, SEB fait face à une baisse de ses ventes. Ainsi, l'usine d'Is-sur-Tille, près de Dijon, qui produisait 2 millions de friteuses à huile lors de son ouverture, en 1976, n'en produit plus que 600.000 en 2007. Mais SEB n'a pas dit son dernier mot. Cette même année, la marque sort une invention révolutionnaire : la friteuse Actifry, sans odeur et (presque) sans matière grasse - une petite cuillère d'huile suffit pour 1 kilo de frites ! De quoi réjouir les gourmands qui souffrent de cholestérol. Son prix est élevé (240 euros) et lors de son lancement, les commerciaux de l'entreprise pensent en vendre 17.000 exemplaires. Ils en écouleront finalement 170.000 ! Désormais, plus d'un million d'Actifry sont vendues chaque année à travers le monde.


Au lieu de délocaliser ses usines dans des pays où la main-d'oeuvre est bon marché, SEB préfère miser sur la créativité grâce à de nombreux laboratoires et un budget « recherche et développement » de 130 millions d'euros par an. Elle travaille en partenariat avec des jeunes start-up de la région, des universités, et même le Commissariat à l'Énergie Atomique pour bénéficier des dernières avancées technologiques en miniaturisation et réduction de la consommation électrique

 
Anthropologie de la cuisine

Afin de mieux comprendre les besoins des consommateurs, SEB a recourt depuis 3 ans aux services d'un anthropologue, Olivier Wathelet. L'expérience est habituelle dans les groupes anglos-saxons mais plutôt rare dans les entreprises françaises. «  Il s'agit d'observer des personnes en train de cuisiner, d'analyser la gestuelle, l'esprit, la prise de décision... Car faire la cuisine est un acte extrêmement compliqué », explique ce dernier qui doit aussi étudier les habitudes culinaires à l'étranger. La marque française doit être capable de fournir des produits adaptés aux consommateurs du monde entier: « On identifie les comportements dans d'autres pays pour adapter les produits. Prenez la cuisson vapeur : on la pratique en France, mais, pour l'Asie, il faut la penser autrement, on ne peut pas vendre du franco-français à l'étranger, il faut chaque fois des produits qui collent aux pratiques du pays », précise l'anthropologue.

 

Un laboratoire secret

Un des atouts de SEB est « le Garage », ouvert en 2009 à Selongey, toujours en Bourgogne. Son nom s'inspire des garage companies de la Silicon Valley où sont nés Apple, Amazon et Hewlett-Packard, loin des bureaux traditionnels. Dans ce loft hi-tech, les membres du service recherche, du marketing, du développement, des universitaires, des designers, et notre anthropologue inventent l'électroménager de demain. Que mijotent-ils en ce moment ? C'est top-secret !


Nous savons juste que cette année, le groupe sort un soup maker  inédit. Dans le « Garage », Alain Ducasse, célèbre chef aux trois étoiles, finit de mettre au point un livre de recettes  utilisant uniquement les appareils SEB. Ce livret sera joint à chaque produit de la marque et inaugure une collection d'ouvrages par produit, par chef et par thématique. 

 

Aujourd'hui, le petit électroménager (bouilloire, cafetière, grille-pain, etc.) a été délocalisé depuis bien longtemps en Chine. Mais les produits haut de gamme (aspirateur, autocuiseur, mixeur, etc.), qui représentent 40% de la production, sont fabriqués  dans l’Hexagone. « Conserver le made in France est  un sport de combat », résume Thierry de la Tour d'Artaise, qui compte bien tenir encore de nombreux rounds.

 

Camille Larbey
Article publié dans Écoute, numéro de Juillet 2012


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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

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