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Dans un an, la Silicon Valley largue les amarres

Publié le 30 novembre 2012 par Gabriel Siméon | Economie & entreprises  
Un incubateur de jeunes pousses sera installé sur un navire croisant au large de San Francisco.


L’innovation n’a pas de frontières.
Blueseed, une jeune société américaine, ambitionne d’appliquer la maxime au pied de la lettre. Son projet ? Lancer au large de la Californie, fin 2013 ou début 2014, un incubateur de start-up pas comme les autres : un bateau de croisière embarquant les meilleurs entrepreneurs de la planète. Stationné à 12 milles nautiques (22 kilomètres) de la côte, au sud de la baie de San Francisco, le cargo sera situé à proximité immédiate de la Silicon Valley. Un atout de poids pour toutes les jeunes pousses cherchant une porte d’entrée à cette terre promise de l’innovation américaine.

«En concentrant tous ces talents à proximité de la Silicon Valley, nous allons créer les conditions parfaites pour qu’ils puissent accélérer le développement de leur entreprise», assure Max Marty. Le PDG et cofondateur de Blueseed en veut pour preuve deux chiffres : sur le dernier trimestre de 2011, 46% des investissements en capital-risque américains ont atterri dans la «Valley», tandis que Google, qui y a ses quartiers généraux, a acquis en moyenne une nouvelle société par semaine ces deux dernières années. Des débouchés qui font saliver.

Paradis fiscaux. Le principal argument du projet est beaucoup plus pratique : aucun visa de travail n’est requis. Le bateau étant ancré dans les eaux internationales, hors de la juridiction états-unienne, un simple passeport et un visa de tourisme suffiront pour venir s’y installer. Ce qui épargnera aux non-résidents américains de longues formalités. S’ils y restent plus de six mois, il suffira de changer leur pays de résidence pour celui où le cargo sera enregistré. Probablement les Bahamas, qui ont quitté la liste grise des paradis fiscaux non coopératifs de l’OCDE, ou les îles Marshall, qui y figurent toujours. Cette astuce permettra aux entrepreneurs de faire enregistrer leur start-up (et de payer leurs impôts) où bon leur semble. Du côté de Blueseed, on pense que la plupart choisiront l’Etat américain du Delaware, célèbre pour son régime fiscal avantageux.

A l’intérieur, chacun disposera d’une cabine partagée ou individuelle, d’un espace de travail dans un open space et d’un accès à une salle de gym et à plusieurs restaurants. Le loyer, de 1 200 à 3 000 dollars par mois (de 920 à 2 300 euros), se veut incitatif comparé à ceux des appartements et des espaces de coworking pratiqués à San Francisco. C’est qu’il faut encore convaincre les jeunes ambitieux de venir passer plusieurs mois sur l’océan !

A en croire les responsables du projet, le mal de mer ne sera pas un problème : vu la taille du bâtiment - sûrement un bateau de croisière de 1 200 lits ou une plateforme spécialement aménagée -, il y a très peu de chances que les passagers soient concernés ; des médicaments seront embarqués au cas où. La connexion à Internet s’effectuera d’abord par satellite (1 Go/s), avant qu’un câble sous-marin et une liaison laser d’un débit de 10 Go/s ne soient déployés. Blueseed précise enfin que le risque d’une attaque de pirates est très faible, de bien meilleures cibles naviguant tout autour…

Communautés. Plus de 1 000 entrepreneurs issus de soixante pays seraient déjà sur les rangs. Le Français Olivier Desmoulin, fondateur du réseau social de plats faits maison
Super Marmite, a d’abord été tenté par «le côté grandiose du projet». Avant de renoncer. «On n’avait pas forcément besoin d’avantages fiscaux, ni d’être à proximité de la Silicon Valley, indique-t-il. Et puis fin 2013, ça faisait un peu tard.» Ce délai semble pourtant inévitable pour laisser le temps à Max Marty et Dario Mutabdzija, les deux fondateurs de Blueseed, de réunir les 50 millions de dollars nécessaires à l’achat du vaisseau et à son aménagement. Surtout qu’ils ne comptent pas s’arrêter là. «Nous prévoyons déjà d’installer des incubateurs de ce type dans d’autres endroits du monde pour y apporter la culture de la Silicon Valley», confie Marty.

Comme Mutabdzija, il est un ancien du
Seasteading Institute, une association visant à établir des communautés autonomes dans les eaux internationales pour y tester de nouveaux systèmes politiques, et soutenue par Peter Thiel, le richissime cofondateur de PayPal. L’institut ne serait, selon lui, pas impliqué outre mesure dans le projet Blueseed. Mais il ne s’en cache pas : si l’expérience est concluante, elle marquera le début de l’aventure des communautés maritimes.


Gabriel Siméon

Article publié le 29 octobre 2012 dans
EcoFutur, le supplément éco de Libération


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L'auteur : Gabriel Siméon


Gabriel Siméon Mes articles

Formation : Diplômé de Sciences Po Aix-en-Provence et du master 2 "Journalisme politique à l'international"

Participation à : Libération, Science & Vie, 01net (mag), Metronews, Les Inrockuptibles, L'Express, L'Expansion, L'Humanité-Dimanche, La Gazette des communes, Neon, Grazia, Atlantico, L'Usine nouvelle, La Provence, Le Dauphiné libéré, L'Eco, Technikart, Vice, Gonzaï, The Ground, La Gazette Drouot, Industrie & technologies, Maxisciences, Frankreich erleben, TV7 Provence, France Bleu Vaucluse

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