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Thilo Sarrazin veut bouter les Sarrasins

Publié le 04 juin 2011 par Camille Larbey | Economie & entreprises  
Lorsqu’un social démocrate, qui n’à pas la langue dans sa poche, enflamme la scène médiatique par des propos tendancieux sur les immigrés. Ancien ministre des finances de Berlin, actuellement membre du conseil d’administration de la Bundesbank, Thilo Sarrazin a déclenché les plus vives réactions dans la revue trans-culturelle berlinoise « Lettre Internationale » par des propos iconoclastes, flirtant avec le racisme.
A la différence des récents propos polémiques du ministre français Hortefeux (relayés à son issus sur internet) qui relevaient de la blague douteuse entre amis ; Thilo Sarrazin, s’exprime ici dans un cadre bien définit, celui une interview :

 « Nous n’avons pas besoins de gens qui vivent des prestations sociales, qui ne se sentent pas concernés par l’éducation de leurs enfants et produisent à la chaîne des petites filles voilées. C’est valable pour 70% des Turcs et 90% des Arabes à Berlin ». Plus loin dans l’article, il récidive : « Un grand nombre d’Arabes et de Turcs dans cette ville, dont le nombre a dramatiquement augmenté en raison d’une politique inconséquente, n’ont aucune fonction productive à l’exception de la vente de fruits et légumes ».

Thilo Sarrazin n’en est pas à son premier impair. Au printemps 2008, lorsqu’il était encore responsable de l’assainissement budgétaire de la capitale fortement endettée, il ne faisait pas dans le feutré. Le social démocrate avait affirmé que les chômeurs étaient trop gros et présenté à la presse un menu, qu’il a affirmé avoir testé à la maison avec sa femme, permettant au bénéficiaire du Hartz-IV (allocation de chômage de fin de droit) de se nourrir convenablement pour moins de 5 euros par jour. Et pour ceux qui reprochaient à la ville que la température des logements sociaux n’excédaient pas 16°, il recommandait de mettre un gros chandail. Suite à l’article du magazine « Lettre internationale », Thilo Sarrazin a présenté ses excuses publiques le 1er octobre en déclarant : « Je voulais décrire de façon vivante les problèmes et les perspectives de la ville de Berlin, et non pas discréditer des groupes ethniques. Si cette impression s'est imposée, je le regrette beaucoup et m'en excuse. » Nonobstant son mea culpa, le mal est fait. Ses propos ont provoqués un tollé et suscités un florilège de réactions.

 Axel Weber, le président de la banque centrale a estimé que les déclarations de Thilo Sarrazin étaient préoccupantes et avaient porté atteinte à la réputation de l’institution. Il envisage de rétrograder Thilo Sarrazin car ce dernier refuse de quitter son poste, malgré les multiples appels à démission. « Je trouve qu’avec ses idées, Sarrazin fait un grand honneur à Göring, Goebbels et Hitler. Il est dans la lignée spirituelle de ces messieurs », a déclaré le secrétaire général du Conseil central des Juifs, Stephan Kramer. Le Conseil central des Musulmans, quant à lui, propose à Sarrazin de suivre des cours d’intégration. Pour le syndicat Verdi, le social-démocrate « attise la haine contre ceux qui peuvent à peine se défendre ». Le dirigeant de l’Association des Turcs en Allemagne, Kenat Kolat, a exprimé l’indignation de sa communauté en déclarant « scandaleux » les propos de l’ancien ministre : « Mr. Sarrazin dépasse souvent les limites et n’accorde aucune réflexion aux conséquences de ses déclarations ». Des plaintes pour haine raciale ont étés déposées à l’encontre de M.Sarrazin et la justice a également lancé une procédure afin de déterminer si ses propos peuvent être considérés comme répréhensibles.

Si le tact n’est pas la principale qualité de Thilo Sarrazin, on ne peut lui reprocher la langue de bois. Sa franchise lui vaut même des compliments et depuis quelques jours on assiste à des manifestations de soutien. Beaucoup de lecteurs du quotidien conservateur de référence « Frankfurter Allgemeine » louent son courage. Dans un sondage organisé par l’édition dominicale du quotidien populaire à grand tirage « Bild », 51 % des 501 personnes interrogées se disent en grande partie d’accord avec les propos de M.Sarrazin contre seulement 9 % qui rejettent ses déclarations. Matthias Matussek, journaliste du magazine « Der Spiegel » estime que le social démocrate « a crevé l'abcès », et Gerda-Marie Schönfeld publie dans l’hebdomadaire « Stern » un article intitulé « Sarrazin hat Recht » (Sarrazin a raison). Que l’ont soit choqué ou non par les propos farineux de Sarrazin, la virulence des réactions met à jour un non-dit du débat politique : les ratés de l’intégration des immigrés.

Camille Larbey
 Article publié dans La Gazette de Berlin, le 12/10/09
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


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