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London rocks !

Publié le 19 juin 2012 par Camille Larbey | Culture  
Londres, ville cimentée par le rock 'n' roll. Balade dans les quartiers emblématiques du rock, où se sont écrites quelques-unes des plus belles pages de l'aventure rock. Une histoire qui ne connaît toujours pas de point final.

 Mille fois annoncé mort, mille fois ressuscité, à Londres le rock' n' roll a la peau dure. Intimement liée au rock, à la pop ou au punk, la ville semble branchée sans discontinuité sur les amplis. Les scènes émergent, se déplacent d'un quartier à l'autre, périclitent, réapparaissent, les générations vieillissent mais les disques de leur jeunesse tournent éternellement sur les platines. Et bien que les spécialistes fassent encore débat pour situer l'an 01 du rock à Londres, notre visite commence il y a précisément cinquante ans.


Soho, berceau du rock anglais

10 juillet 1962, au Marquee, un club ouvert quatre ans plus tôt au 165 Oxfberceaord Street dans le quartier de Soho, un jeune groupe monte pour la première fois sur scène : The Rollin' Stones. Le « g » est encore absent du nom et le public présent ce soir-là ignore sûrement qu’il a devant lui un futur monument du rock. Un an plus tard, la Beatlesmania venue de Liverpool bat son plein. En réponse, Londres apporte les Rolling Stones, The Who, les Yarbirds et les Kinks, dont le tire « You Really Got Me » avec son riff taillé dans le roc et chant arrogant de Raye Davis symbolise toute la hargne du rock 'n' roll anglais.


Les médias boudent naturellement cette musique de sauvages – du moins au début. Mais heureusement, les jeunes sujets de Sa Gracieuse Majesté peuvent compter sur Radio Caroline, l'une des multiples radios pirates, émettant depuis des bateaux dans les eaux internationales de la Mer du Nord.


Le monde a désormais les yeux rivés sur Londres, ou plus exactement un quartier, Soho, dont le centre névralgique Carnaby Street, une rue fréquentée par les musiciens, créateurs de mode, propriétaires de clubs, artistes d'avant-garde, est appelée à symboliser un nouvel art de vivre, le Swinging London. Soho a désormais perdu depuis longtemps sa spontanéité mais de nombreux bars et clubs en font toujours un épicentre des nuits londoniennes.


L'urgence punk

Si Londres couronnât le rock, elle est aussi à l'origine de l'un de ses plus beaux régicides : le punk. Malcom MacLaren, propriétaire d'un magasin de vêtements sur King's Road, revient en 1975 d'un séjour à New York où il fût impressionné par les New York Dolls, groupe fantasque de glam rock. Il ramasse alors quelques paumés traînant aux alentours de sa boutique, et les enferme dans un studio avec instruments et probablement quelques substances illicites. Les Sex Pistols sont nés. Ils donnent au punk un son, un look et un parfum de scandale.


La jeunesse, avide d'urgence et de fraîcheur, s'engouffre immédiatement dans ce nouveau mouvement. Avec pour seul mot d'ordre  do it yourself, le punk anglais abolit les privilèges de la noblesse rock. Phil Collins, en bon père de famille, déclare que « le punk est une insulte aux bonnes mœurs. » Mais victoire, le punk réussit exactement la même chose que le rock en son temps : emmerder ses parents.


Aujourd'hui, s'il existe un quartier dans la capitale où persiste l'esprit punk, c’est à Camden Town au nord de la ville. Pas tant par le nombre de crêtes roses zonant dans la rue, mais par ses façades bariolées, ses boutiques déjantées aux devantures faites de bric et de broc, et son marché aux puces foutraque. Les amateurs de raretés vinyles trouveront sûrement leur bonheur à Out On The Floor Records, sur Inverness Street, l'un des nombreux disquaires du district.


Brixton l’insoumise

À partir des années cinquante, Londres est marquée par une forte immigration caribéenne, et plus particulièrement jamaïcaine, qui se concentre à Brixton, un quartier au sud de la ville. Dans ses bagages une musique, le reggae. Au cours des seventies, la jeunesse londonienne se met à vibrer aux rythmes de ce nouveau genre musical, que le rock assimile tout naturellement : en 1978, un groupe encore méconnu canalise ses influences reggae dans une composition aux riffs syncopés. Le morceau s'appelle « Roxanne », The Police tient son classique.


Faisant le pont entre rock, punk et reggae, The Clash sort en décembre 1979 « London Calling ». Sur l'album figure le morceau « Guns of Brixton », composé par Paul Simonon, bassiste du groupe et lui-même natif du district. Les paroles dépeignent le climat sombre du quartier : les gangs, la violence, les tensions entre police et immigrants. « Guns of Brixton » a une résonance particulière car deux ans après sa sortie éclatent les premières émeutes de Brixton.


Désormais, Brixton n'est plus le quartier craint d'il y a 30 ans, mais n'en reste pas moins animé. Le jour, son marché aligne les stands d'aliments exotiques, take away pas cher, vieux disques. Le tout sur fond de Bob Marley ou Eddie Grant. Et lorsque vient le week-end, le club The Jamm fait salle comble.



Le rock muséifié

Certains lieux à Londres sont figés dans le temps, associés à une mythologie rock plus forte que tout : Abbey Road appartient aux Beatles et, pour les fans, Savile Row restera la rue où se tenaient les bureaux d'Apple Corps, leur maison de disque. Les Beatles donnent leur dernière représentation publique sur le toit de l’immeuble,  le 30 janvier 1969, que John Lennon conclut par cette célèbre boutade : « Je voudrais vous remercier au nom du groupe et de nous-mêmes, et j’espère que nous avons réussi l’audition ! ».


Afin de parfaire son pèlerinage rock, étape indispensable à Greenwich, au British Music Experience qui retrace cinquante années de tubes britanniques. Quelques 500 objets souvenirs y sont exposés - instruments cultes, partitions, photos, albums historiques – dont le costume Ziggy Stardust de David Bowie, la guitare « Union Jack » de Noel Gallagher (Oasis), la tenue de Roger Daltrey (The Who) portée à Woodstock ou encore les robes vintage d’Amy Winehouse.


Et le rock ne serait pas religion sans sa bible. En Grande-Bretagne, elle se nomme le NME (prononcer Enemy), pour New Musical Express. Lancé en 1952, cet hebdomadaire couvre décennie après décennie chaque mouvement issu du rock comme la britpop (pour « british pop ») courant musical de la deuxième moitié des années quatre-vingt-dix : Oasis, Blur, Supergrass, Pulp ou encore les Londoniens de Suede ont grandement bénéficié des faveurs du magazine.



La ruée vers l'est

2012, Londres reste une place forte pop rock. Bulldozers dans l'industrie du disque, Coldplay, Lily Allen et Adele trustent les charts. Mais dans leurs sillages, l'indie music (musiques indépendantes) se porte bien grâce aux artistes tels que The XX, Florence + The Machine, Jamie T, Razorlight, Unkle ou encore Breton. Et si le groupe garage rock The Libertines n'est plus, leurs ex-leaders Pete Doherty et Carl Barat continuent d'amasser les foules avec leurs projets solo.


Quant à la scène alternative, elle s'est déplacée à l'est de Londres. À Shoreditch et Bricklane, où se mêlent joyeusement restaurants indiens, friperies, clubs branchés, jeunes fêtards et musiciens de rue. Le disquaire et label Rough Trade, ouvert à Bricklane en 2007, reste un haut lieu de l'indie music : ses showcases offrent une vitrine de premier choix aux jeunes groupes qui deviendront connus dans 6 mois, 1 an, 3 ans, ou resteront confidentiels à jamais. Cependant, la gentrification galopante repoussent les scènes alternatives toujours plus vers l'est, comme par exemple dans le quartier de Dalston, où Le Moustache Bar et le Dalston Superstore sont d’ores et déjà devenus des des incontournables des nuits d'East London.


Sans surprise, le rock s'est invité aux Jeux Olympiques d'été. Le comité d'organisation a choisi le titre « London Calling » des Clash, pour accompagner le lancement des JO. Si les qualités de cet hymne punk rock font l’unanimité, son choix demeure étonnant. « Now war is declared », « The ice age is coming », « Zombies of death » : la tonalité chaotique des paroles s’accommode étrangement de l'accueil chaleureux voulu par Londres. Confusion de la part d'organisateurs mal informés ? Méprise totale ? Gageons plutôt pour que ce soit un acte purement rock 'n' roll.


Camille Larbey

Article publié dans le n°22 du 1er juin 2012 de la Gazette Drouot

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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Vocable, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

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