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L'école de danse de l'Opéra de Paris, la future élite

Publié le 27 décembre 2011 par Camille Larbey | Culture  
Reportage dans une école pas comme les autres. Les élèves y apprennent le français, les mathématiques ou la géographie, mais surtout à devenir maître dans l'art de la danse classique.

« Tous les élèves, depuis qu’ils sont petits, rêvent d’intégrer le ballet, d’en faire leur métier et de devenir danseur Étoile », explique Julien, 15 ans, élève à l’École de danse de l’Opéra de Paris. Dans la hiérarchie du Ballet, « Étoile » est le plus haut titre accordé aux artistes. Il y  en a actuellement seulement 18. Les places sont donc rares et très convoitées. Mais avant de devenir professionnel, les « petits rats » (voir encadré) doivent apprendre leur « alphabet de la danse », selon l’expression d’Elisabeth Platel, directrice de l’École et danseuse Étoile. Comme le Bolchoï de Moscou ou le Mariinsky à Saint-Petersbourg, l’École de Danse de l’Opéra est un lieu où  s’apprend la perfection.  On y enseigne la  « méthode française », réputée pour sa pureté et son académisme. La sélection d’entrée est très dure. Cette année, 131 enfants (69 filles et 62 garçons) sont inscrits. Les plus petits ont 8 ans et les plus grands 18 ans. Il n’y a pas uniquement des Français. L’École compte 17 élèves étrangers, dont un Iranien, une Indienne et deux Finlandaises.

 

Une réussite architecturale


L’École de Danse de l’Opéra de Paris est une très vielle institution de la culture française. Elle a été fondée par Louis XIV, en 1713. Depuis sa création, elle est gratuite pour tous. Aujourd’hui encore, il y a des élèves aussi bien issus de milieux aisés que de milieux modestes ou défavorisés.  Pendant longtemps, l’École était dans des locaux historique du Palais Garnier. Mais à partir de 1987, les élèves disposent de nouveaux bâtiments, dessinés par l’architecte Christian de Portzamparc. Situés à Nanterre, juste à coté de Paris, les lieux ont été spécialement conçus pour la danse. L’édifice est spacieux, fonctionnel et très élégant avec sa couleur blanche. Un internat a été créé, permettant aux élèves de province de pouvoir s’inscrire. L’École dispose également d’une vidéothèque. Les enfants peuvent s’isoler dans une cabine individuelle pour regarder le DVD d’un cours ou d’un spectacle. Au détour d’un couloir, on croise parfois un groupe d’élèves qui font leurs étirements.


Un esprit sain ...


Chaque journée se déroule selon un planning précis. Les internes se lèvent  à 6h45 et les cours commencent à 8h. Toute la matinée, les « petits rats » suivent un enseignement scolaire général. L’objectif est d’obtenir le baccalauréat, option littéraire. L’année dernière, l’École a atteint un taux de réussite au bac de 100%. Le cursus scolaire est étroitement lié avec la danse. Par exemple, les élèves vont étudier en cours de français Les Noces de Figaro de Beaumarchais ou les Contes d’Hoffmann. Le visiteur remarquera peut-être un fait inhabituel : les enfants sont très respectueux. Dès qu’ils croisent un professeur ou un adulte, les garçons inclinent la tête et les filles font une révérence. Ici, la tradition rime avec l’étiquette.


 

... dans un corps sain


Midi sonne, l’heure de la cantine. C’est bien connu, si les adolescents le pouvaient, ils  ne mangeraient que des glaces et des sodas. Mais à l’École, les repas sont toujours équilibrés et préparés par un nutritionniste. « Les menus sont adaptés en fonction des saisons, des périodes d’examens et des représentations » précise la directrice.

Le corps de l’élève est son principal outil de travail. Ses muscles sont encore neufs et il faut en prendre soin. Pas question de sacrifier sa croissance sur l’autel de la réussite. L’École surveille de près la santé de chaque élève. Elle dispose pour cela d’une équipe médicale composée d’un médecin du sport, d’une infirmière et d’un kinésithérapeute. L’École veille aussi à la bonne hydratation des élèves pendant les cours. Pourtant cela n’a pas toujours été le cas. Elisabeth Platel se souvient : « A mon époque, lorsque j’étais élève, on nous disait qu’il ne fallait pas boire car ça fatiguait les jambes. Ma professeur - Christianne Vaussard - a été la première a venir en cours avec une bouteille d’eau. Dans les années 70, c’était complètement nouveau ! ».


Le look


Après le déjeuner, les élèves quittent leur tenue dite « civile ». Ils enfilent une tunique et par-dessus, un « chauffe ». Ce survêtement permet au corps de rester chaud, entre les cours. Très utile surtout l’hiver. Suivant leurs niveaux en danse, les élèves sont répartis en six divisions. A chaque division correspond une couleur de tunique pour les filles : blanche, rose, bleue, jaune, etc.  Les garçons, eux, portent un collant gris, et un t-shirt blanc.  Les filles doivent ensuite se coiffer. Préparer un beau chignon de ballerine est plus difficile qu’on ne le pense : « En arrivant à l’École, j’ai mis 3 mois à apprendre à le faire tout seul. Il me faut maintenant  25 minutes pour le faire » raconte Louise, 12 ans.


Un enseignement pluridisciplinaire


13h30, les élèves rejoignent leur salle de danse respective. Après un long échauffement, ils travaillent leurs pointes, arabesques, fouettés, et autres mouvements complexes. Le professeur corrige chaque geste. Il faut de la précision pour atteindre la grâce ! Dans un coin de la pièce, un pianiste accompagne en musique les élèves.

Si la danse classique est la discipline reine à l’École, d’autres styles de danses y sont enseignés: contemporain, folklorique et jazz. Les élèves apprennent aussi le mime, le théâtre, le droit du spectacle, l’histoire de la danse, le solfège et le chant. Le but est de former des artistes complets.  Pour Victoire, 13 ans,  « même si l’examen n’est qu’à la fin de l’année, chaque jour compte, chaque cours est important ». Evidemment, atteindre l’excellence nécessite de la discipline et beaucoup de travail. Les élèves n’ont plus vraiment le temps pour les activités extra-scolaires. « En fin de semaine, on est souvent très fatigué. Alors on essaye de se reposer le week-end » confie Victoire.  Elle ne sait pas encore si, cette année, elle aura le temps pour continuer le piano.  « On leur demande beaucoup,  concède Elisabeth Platel,  mais les élèves sortent de l’École avec un énorme bagage technique ».


Sous les projecteurs


Chaque année, l’École présente un spectacle au Palais Garnier. Cela permet aux « petits rats » de s’initier à la scène comme des professionnels. La saison dernière, Louise et Julien ont participé à Coppélia, un ballet  d’Arthur Saint-Léon, sur une musique de Léo Delibes. Les élèves de l’École de danse affichent une étonnante maturité pour leurs âges. Résultat d’une rigueur quotidienne et d’un travail acharné. Mais n’est-ce pas trop de pression pour des enfants ?  « C’est dur, mais tout à fait supportable. Et puis on s’y plait, sinon on partirait », répond Julien avec un grand sourire. Et lorsqu’il parle de danse, Julien a des étoiles plein les yeux.

 

Encadré :

Pourquoi les élèves de l’École de danse sont-ils surnommés les « petits rats » ?

Il y a deux origines possibles à cette expression. Lorsque les studios de répétition étaient installés sous les toits de l’Opéra, le trottinement des élèves ressemblait à celui des rats dans un grenier. Autre explication : dans le passé, certains élèves venaient de familles tellement pauvres qu’ils devaient se nourrir de miettes ou d’un quignon de pain à ronger. Aujourd’hui, les enfants sont tous en excellente santé et n’ont plus rien de « rats », mais certaines expressions ont parfois la vie dure.

(crédits photos : D. Elofer & F. Guillot (vignette)).

 

Camille Larbey
Reportage publié dans le magazine Écoute de Décembre 2011
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Vocable, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

Bio : Cultures