Collectif de journalistes et photographes
Rechercher :
Accueil / Articles / Culture

Music manager : pygmalion, simple employé ou parasite ?

Publié le 14 novembre 2011 par Camille Larbey | Culture  
Qui aide à négocier les contrats ? L'avocat. A contrôler les rentrées d'argent ? Le comptable. A enregistrer des chansons ? Le producteur. A programmer une date ? Le bookeur. A s'occuper des médias ? L'attaché de presse. Attendez... Mais à quoi sert donc le manager ? Hé bien, à mettre notamment en place cet entourage, après des années de soutien financier et psychologique. Décryptage de la profession.
La profession est mal connue, voire souvent caricaturée, quand ce ne sont pas les managers eux-mêmes qui jouent les stars (Jean-Claude Camus, Pedro Winter, René Angélil…) participant ainsi à la confusion. Pourtant, la profession a peu évolué depuis Arthur Dandelot, un des pionniers de la fin du XIXe siècle. Le manager est la personne référente de l’artiste qui a en charge son suivi de carrière (contrats, promotion, marketing) et sa représentation auprès des professionnels de l’industrie musicale. Homme de l’ombre, presque membre du groupe, il est à la fois nourrice, infirmier, conseiller, négociateur et souffre-douleur. Un coach qui permet d’être un appui dans les périodes de doutes afin d’éviter les pièges de la vie publique ou de l’insuccès.

A quoi ça sert ?

« Etre manager, c’est surtout l'opportunité d'offrir à un artiste la liberté de ne travailler que sur l'aspect artistique » présente Pierre Dron (manageur de Music is not fun) sur le site de SFR Jeunes Talents, soulageant ainsi ses artistes de toutes démarches administratives ou de la logistique. L’interface entre l’artiste et le concret, le pragmatique. Pour Arnaud Bordas (Stuck in the sound), un manager c’est surtout « quelqu’un avec un super forfait téléphonique ! » Le pire ? C’est que tout cela demande du temps et les résultats ne sont pas visibles tout de suite. « Nous sommes un sorte d’avocat », résume Frederique de Almeida (Alister, Curry&Coco), « car il est obligatoire de croire au projet. D’autant que la finalité n’est pas la signature avec un label. Au contraire, c’est là que tout s’intensifie ! » A Caroline Guaine (ASCHeHOUG) de rajouter que « choisir des artistes dans la perspective d’en vivre, ça m’éloignerait trop de la passion qui est au centre de ce métier. », preuve de la réelle envie qui doit demeurer.

Pour Seb Farran (NTM), dans un entretien sur le site de DBTH, nulle langue de bois : « un artiste n’est pas uniquement un idiot doué d’un talent artistique. En quoi l’artiste ne doit pas se voir comme une marque ? (…) Un artiste se doit d’être rémunéré pour ses créations, son image et ses prestations. Le manager est là pour l’en assurer. » Les choses ont le mérite d’être clair. Julien Soullié (Florent Marchet / MMF, syndicat des managers) confirme l’aspect marketing, mais nuance en prétextant que le manager est un « pare-feu » car « 
il y a des choses qui se disent en réunion avec les maisons de disque et les tourneurs qu'il n'est pas forcément bon de dire à l'artiste. On est là pour lui dire la vérité, mais aussi pour qu’il avance. »

Qui ?

Mais quelles relations entretenir ? Qui décide ? Pour Didier Grebot (Yves Jamait), « il y a des routines, où je sais pouvoir parler en son nom, mais les grandes décisions sont prises tous les deux. J'accompagne quelqu'un. Yves Jamait, ça n'est pas moi ! » Pour Patricia Téglia (Bikini Machine, Garbo) : « il y a autant de fonctionnement de couple manager/artiste que de développements différents. (…) Lorsqu’une relation amicale s’instaure, se pose alors la question de qu’est-ce qu’on peut accepter d’un ami ou pas ? » Même son de cloche chez Didier Estebe (Noir Désir) : « c'est assez proche d'un rapport de couple, mais démultiplié avec le fait que tu as à faire à des écorchés vifs, des caractériels, des gens sensibles... A long terme, il faut aussi être un minimum psy. » Frederique de Almeida rajoute que « un équilibre est à trouver. Quand l’artiste va trop loin, c’est de ton devoir de lui faire savoir. Mais c’est également le tien de te rappeler qu’il est ton boss. »

La rémunération se fait ensuite en pourcentage prélevés : 10 % maximum sur les cachets, environ 15 % sur le merchandising. Il est cependant rare pour l’agent de toucher un pourcentage sur la vente de CD, le pourcentage touché par l’artiste étant déjà relativement faible. Une notion qui scandalise Seb Farran : « l’artiste est comme une entreprise dont il faut assurer la direction artistique et commerciale. La France voit encore la musique comme une organisation artisanale de saltimbanques ou une réunion de troubadours. (…) Pourtant si Joey Starr fait 300 concerts dans l’année, c’est aussi grâce à mon travail. S’il vend 300 000 albums, c’est aussi grâce à mon travail. En quoi je ne devrais pas être payé là dessus ? »

Les derniers dinosaures ?

Le poste a pourtant évolué, comme le raconte Clarisse Fieugant (Gaëtan Roussel) : « dans les années 80, beaucoup d’artistes étaient directement signés : c’était le développement du cd, de l’industrie. Il y avait plus de monde dans les labels, donc on pouvait s’organiser différemment. » Julien Barnes (Matmatah) précise que « le statut du manager n’existait pas pendant très longtemps. Il a longtemps été assimilé au rôle de l’impresario ou de l’agent. Un manager n’est pas un type qui prend une commission dans l’objectif de placer un artiste. C’est quelqu’un qui est à la base de la gestion de sa carrière. » Pour Frederique de Almeida, il est vrai que « il y a parfois une confusion des genres, car le travail d’attaché de presse est plus reconnu en France. En tout cas, il y a plus en plus de filles managers. Tant mieux ! Avant, on me confondait avec la chanteuse… »

Un métier en sursis ? Bien au contraire ! Si l’on considère la baisse de ventes des albums, la recherche de financements, prise en charge par le manager, la mission s’est accrue : showcase, chat, fan-club, dvd… Patricia Téglia explique que « certains managers vont jusqu’à monter une société avec leur artiste, comme Clarisse Fieugant et Gaëtan Roussel (Gazoline). » L’intéressée confirme : « même Radiohead a besoin de petites mains ! Ce qui se démocratise, c’est l’enregistrement, pas l’administratif… » Seb Farran se veut plus pessimiste : « On a la vie dure. Un artiste peut congédier un manager sans la moindre difficulté... Un secrétaire d’artiste, ce n’est pas un manager ! Et ce n’est pas aux majors de faire du développement. Elles ne savent pas le faire » Julien Soullié conclue enfin que son artiste « a quitté sa major, parce qu’il a compris que c’est bien d’avoir une petite structure, une équipe proche. Pas une armée de communicants qui applique leur recette, mais un conseiller avisé, une personne de confiance... Un manager ! »
 


Dossier réalisé par Samuel Degasne, Damien Baumal, Elodie Fournot, Yan Pradeau et Camille Larbey
Longueur d'Ondes
comments powered by Disqus

L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

Bio : Cultures