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Georges Brassens : l'Ours rebelle

Publié le 02 novembre 2011 par Camille Larbey | Culture  
Portrait du chanteur Georges Brassens pour le lectorat allemand, pas vraiment familier avec le poète.
Cette année, le chanteur et poète Georges Brassens aurait eu 90 ans. Décédé en 1981, à l'âge de 60 ans, il laisse derrière lui une œuvre considérable : près de 250 poèmes dont 200 mis en chanson. Avec sa célèbre moustache, sa pipe et sa guitare, Brassens est toujours l'un des artistes français les plus populaires. Moins cynique que Serges Gainsbourg, plus discret que Johnny Hallyday, il n'en avait pas moins une forte personnalité. Remontons le temps...

Le cancre poète.
Georges naît en 1921 à Sète, alors petit port de Méditerranée. Jean-Louis Brassens, son père, est maçon et Elvira, sa mère qui est d'origine italienne, femme au foyer. À l'époque dans la famille, la musique est déjà omniprésente : "mon père chantait, ma père chantait, ma sœur chantait, mes grands-parents aussi.", racontera plus tard Brassens. Il commence à écrire des chansons à l'adolescence - mais il n'étudiera jamais le solfège. . Bien qu'il s'intéresse aussi beaucoup à la poésie, le jeune Georges Brassens est un élève très moyen. Il arrêtera d'ailleurs définitivement l'école à 17 ans. Impliqué peu après dans une affaire de vol, il se retrouve au commissariat. Son père vient le chercher, mais ne lui fait aucun reproche. Georges lui rendra hommage dans la chanson Les Quatres Bacheliers. En 1940, le jeune homme quitte Sète pour Paris, où il travaille comme ouvrier chez Renault.
Il occupe son temps libre à lire Hugo, Baudelaire, Verlaine, ou encore François Villon... Découvrant les plus grands auteurs français, Brassens rêve de devenir l'un d'eux. Mais persuadé qu'il n'égalera jamais ses modèles, il se tourne à nouveau vers la chanson.

Le rebelle
Brassens est un poète engagé et farouchement antimilitariste. "Je déteste les uniformes, sauf l'uniforme du facteur !" déclara-t-il à ce sujet. En 1943, Georges Brassens a 22 ans. Comme beaucoup de jeunes Français de son âge, il est envoyé en Allemagne, à Basdorf, dans le cadre du Service du Travail Obligatoire. Lorsqu'il obtient enfin une permission, il rentre en France avec la ferme intention de ne pas passer un jour de plus en Allemagne ! Il déserte donc, se rend à Paris et se cache chez un couple, Jeanne et Marcel Planche.  À Jeanne, Brassens dédiera plus tard la chanson La Cane de Jeanne et à Marcel, Chanson pour l'Auvergnat. Après la guerre, il habitera chez les Planche pendant encore... 20 ans !
Les premières années, la vie est dure : le logement n'a ni eau, ni gaz, ni électricité. Mais cela ne semble pas avoir été un problème pour Georges. Comme il le dira lui-même des années après : " le confort, pour moi, est un brun d'herbe sur lequel je peux m'allonger". Lorsqu'en 1966 Brassens quitte Paris pour s'installer en Balnieue, à Crespière, sa vie reste simple et réglée comme du papier à musique. Il se lève très tôt, vers 4h du matin, puis compose de 5h à 8h. L'écriture d'une chanson peut lui prendre quelques jours, plusieurs semaines, parfois même plusieurs années ; il met par exemple dix ans à écrire les paroles de Supplique pour être enterré à la plage de Sète !

Le pacifiste
De son expérience de la guerre, Brassens le pacifiste gardera un dégoût sans nom. Dans Les Deux Oncles, il chante "qu'au lieu de mettre en joue quelques vagues ennemi, mieux vaut attendre un peu qu'on le change en ai". Mais il ne s'oppose pas seulement à l'autorité militaire. Brassens refuse l'ordre et la hiérarchie de manière générale. "L'anarchie, je pense qu'à 10 ans, je l'avais en moi", expliquera-t-il.
A partir de 1946 et pendant quelques temps, il gagne sa vie en écrivant des articles pour Le Libertaire, un journal anarchiste. Dans ses chansons, Brassens prend aussi souvent la défense des personnes vivant en marge de la société : les prostituées (
La Complainte des filles de joie), les condamnés à mort (le Gorille), les alcooliques (l'Épave), les voleurs (Stances à un cambrioleur) et les pauvres (Le Petit cheval ou encore Pauvre Martin).

L'anticlérical
Alors que sa mère est très croyante, son père est un anticlérical notoire. Sans grande surprise, George suit le chemin de ce dernier. Tout au long de sa carrière, il s'insurge contre l'Église, la religion et les dogmes. "Dieu, diable, paradis, enfer et purgatoire. Les bons récompensés et les méchants punis (...). Je ne crois pas à un mot de toutes ces histoires", proclame Brassens dans
Le Sceptique. Conséquence de cet anticonformisme : de nombreuses chansons, telles La Mauvaise réputation ou le Gorille sont interdites à la radio. Georges Brassens reste le chanteur le plus censuré de l'histoire de la chanson française.

Le fidèle
Bien qu'il ait déjà été une légende de son vivant, Brassens a su rester un homme du peuple, proche des petites gens et discret. Malgré le succès, le chanteur gardera toujours une attitude modeste à l'image de sa façon de vivre. Il ne s'est d'ailleurs jamais senti à l'aise face au public ou devant les caméras de télévision. Au début de sa carrière, il n'avait pas du tout l'intention d'interpréter ses propres chansons en concert. Mais ne trouvant personne d'autre pour le faire, il se résout à monter sur scène en 1952. Dans un premier temps, il reçoit un accueil plus que mitigé. Les gens ne trouvent pas le chanteur très chaleureux. Il faut dire que Brassens est tellement timide qu'il ne s'adresse jamais à son public. Il se reconnaît lui-même "un peu sauvage".
Son coté "ours" ne l'empêche pas d'être un homme extrêmement fidèle en amitié. Toute sa vie, il restera ami avec ses copains d'enfance de Sète, du S.T.O., et avec certaines célébrités rencontrées sur la route succès. Parmi elles se trouve notamment les chanteurs Léo Ferré et Jacques Brel - ils sont tout aussi engagés que lui - , l'humoriste Raymond Devos, l'écrivain Réné Fallet ou bien encore l'acteur Lino Ventura. Georges Brassens la profondeur et la durée de ses amitiés dans l'une de ses chansons les plus connues : Les Copains d'abord.
Fidèle également à lui même, le chanteur refusera systématiquement du début à la fin de sa carrière, tous les honneurs et autres distinctions qu'on souhaitera les décerner. Ainsi qu'il affirme dans l'une de ses chansons : "Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées". Aujourd'hui pourtant, un nombre impressionnant de rues, places, parcs, écoles et bibliothèques portent, un peu partout en France, le nom de Georges Brassens.

La vedette internationale
Ce que l'on sait moins, c'est que Brassens est aussi un artiste de renommée internationale. En Espagne, son principal interprète, Paco Ibanez, le surnomme "le Bach du XXe siècle". En Angleterre, Alex Kapranos, le leader du groupe de rock Franz Ferdinand, lui voue un véritable culte. Plus de 1000 interprètes ont chanté les chansons de Brassens et ce, en près de 40 langues ; ce qui fait de lui le chanteur français dont les paroles sont les plus traduites. Ironie de la vie : Brassens le sédentaire, l'anarchiste, le timide, est désormais un artiste universel.

encadré : Brassens et les femmes
Qu'elles se nomment Suzon, Sarah, Fanchon ou Clairette, les femmes sont très présentes dans l'oeuvre du chanteur. Une quinzaine de titres contiennent d'ailleurs des prénomes féminins. "Dans mes chansons, la femme a toujours été considérée comme une déesse", reconnait le poète. Il affectionne particulièrement les femmes simples et innocentes. On l'entend dans
Je suis un voyou où Margot est une "princesse vêtue de laine", dans les Les sabots d'Hélène dont la malheureuse héroïne devient une reine aux yeux du narrateur. Cela n'empêche pas Brassens de tenir parfois des propos crus. La chanson Quatre-vingt-quinze fois sur cent reproche aux hommes d'être de mauvais amants en des termes très explicites, et le texte de Fernande (1972) est franchement osé pour l'époque : "Quand je pense à Fernande, je bande, je bande..."

La gloire est souvent synonyme de conquête féminine, mais pas dans le cas de Brassens qui fut, pendant 35 ans, l'homme d'une seule femme. L'heureuse élue s'appelait Joha Heiman, une jeune femme née en Estonie. Le poète l'avait rencontrée au début des années 50 et la surnommait affectueusement Püppchen. Leur relation, qui dura jusqu'à la mort de Brassens était assez anti-conventionnelle. En effet, il ne vivront jamais ensemble et ne se marieront pas non plus... Comme dans la chanson La Non-demande en mariage : "J'ai l'honneur de ne pas te demander ta main". Joha restera l'"éternelle fiancée" de Georges.

Camille Larbey
Article publié dans Écoute, octobre 2011
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Vocable, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

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