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Une nouvelle ère pour les musées français

Publié le 26 mai 2011 par Gabriel Siméon | Culture  Société  
[vu d'Allemagne] Tandis que les plus prestigieux musées français décentralisent une partie de leur collection, comme le Louvre et le Centre Pompidou à Lens et à Metz, d’autres grands projets voient le jour, à Lyon et Marseille. Le temps où les principaux équipements culturels étaient tous regroupés à Paris pourrait bien être bientôt révolu...

Les Français sont fiers de leur culture et de leur patrimoine, et ils aiment le montrer. Avec plus de 52 millions de visiteurs en 2008, les musées français restent toujours les plus fréquentés au monde. Il n’est plus besoin de présenter le musée du Louvre, véritable institution nationale qui avec plus de 8 millions d’entrées figure en tête du classement. Si en termes de densité de population les quelques 1200 musées francais sont répartis de manière assez homogène sur l’ensemble du territoire, ils sont seulement une dizaine à enregistrer à eux seuls la moitié des visites. Tous situés à Paris. Centralisés pourrait-on dire.

 

De l’autre côté du Rhin, la culture est un véritable objet de politique nationale, se décidant souvent au plus haut sommet de l’État. Lorsque André Malraux devient le premier ministre des affaires culturelles en 1959, son but avoué est de faire rayonner la culture française dans le monde. A l’époque, il s’agit aussi de démocratiser la culture en facilitant son accès à tous les français. Le Ministère des Affaires culturelles, créé pour conserver Malraux au gouvernement, sera pérennisé après son départ en 1969 et n’aura de cesse de voir son budget augmenter d’années en années. Pour 2010, ce sont plus de 2,9 milliards d’euros qui seront attribués à la mission „Culture“ du ministère de la culture et de la communication, et répartis entre patrimoine, création et transmission des savoirs. Si le budget culturel reste petit comparé à ceux des autres ministères, il faut noter que ces derniers participent eux aussi à l’effort financier dans ce domaine. Ajouter à cela les nombreuses subventions de l’État et l’enveloppe culturelle fini par atteindre la somme de 10 milliards d’euros !


Mais à quoi sert tout cet argent? Principalement à financer le fonctionnement de structures déjà existantes et à soutenir la création. Le Musée du Louvre se taille ainsi la part du lion avec près de 120 millions d’euros de subventions en 2008. Car malgré son affluence record, le musée ne pourrait survivre sans l’aide de l’État. Pourtant, personne n’ose évoquer la possibilité d’un nouveau modèle économique, plus rentable financièrement. Au pays de Rousseau et Voltaire, parler de rentabilité de la culture serait des plus mal vu.

 

Grands chantiers culturels

 

Au plus fort de la crise économique, la France ne brade pas la culture pour autant. „Je veux que la culture soit notre réponse à la crise“ avait lancé Nicolas Sarkozy au début de l’année 2009 pour tenter de rassurer l’opinion public. L’an dernier, un rapport commandé par l’Elysée montrait qu’une politique culturelle ambitieuse pourrait avoir des répercussions touristiques majeures pour la France. Chez nos voisins, associer de la sorte culture et argent, il fallait l’oser. Mais le président la veut efficace, quitte à bousculer les mœurs. Selon lui, elle servirait à accroître encore davantage la visibilité de la France à l’étranger. Le pays étant toujours – d’un point de vue purement français – la première destination touristique au monde, ce pourrait bien être une source de relance économique importante. L’autre aspect non négligeable, c’est toute l’industrie culturelle. Le paysage économique a beau être sombre, il reste de l’espace pour l’imagination, l’innovation et l’adaptation. Et certains domaines, comme celui des jeux vidéos, se portent très bien.

 

Mais tous ne partagent pas l’optimisme du président français. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer ce changement dans la politique culturelle de l’État, qui tente de réduire les coûts par tous les moyens. Fin 2007, la démocratisation de la culture a en effet pris un autre visage. Il est demandé au ministère des résultats basés sur le quantitatif, au risque de ne plus soutenir des œuvres dites difficiles. Malgré des discours rassurants, les subventions ont diminué et certains crédits ont été gelés.


En décembre de cette même année 2007, c’était au tour de la très sérieuse Cour des comptes de remettre en question la performance de l’action publique. Dans son rapport public annuel, elle pointait du doigt les grands chantiers culturels, parisiens pour la plupart, qui „avec des écarts de coûts supérieurs à 30% en moyenne et un dépassement systématique des délais prévus (...) pèsent lourdement sur le budget du ministère de la culture“. Elle préconisait ni plus ni moins une refonte de l’organisation du ministère de la culture, afin que ces nouveaux projets demeurent  à l’avenir compatibles avec ses autres missions, notamment l’entretien et la restauration du patrimoine historique en région.



 Transparence

 

Et il semblerait que l’une au moins de ses recommandations ait été entendue. La décentralisation a commencé. „Dans ce pays, pour obtenir quelques chose, tout se passe à l’Elysée“ affirmait dans Le Monde Marin Karmitz, délégué général du Conseil pour la création artistique, en septembre dernier. „Quand le président de la République ne s’intéresse pas à la culture, on ne peut rien faire. Là, il se trouve qu’on a un président qui a découvert l’importance de la culture“. Cette décentralisation s’illustre à travers des projets de grande envergure : 4 musées sont en construction en province, à Lens, Metz, Lyon et Marseille. Pour la plupart d’entre eux, il s’agit de grands musées parisiens qui cherchent un nouveau souffle en région. Le Louvre va ainsi ouvrir une antenne à Lens, tandis que le Centre Pompidou a choisi d’implanter la sienne au cœur de la ville de Metz. Donner une nouvelle dynamique à la culture en région, tout en bénéficiant de noms prestigieux...mais pas seulement. Car tous ces chantiers s’inscrivent dans une politique d’urbanisme de grande ampleur au niveau de leurs villes respectives.


A l’heure où Marseille cherche à retrouver son rang de métropole phare de la Méditerranée, la ville s’est lancée depuis plusieurs années dans le projet Euroméditerranée, l’un des plus importants chantiers de réaménagement urbain de France. Elle bénéficiera également en 2013 du label „capitale européenne de la culture“. Et bien évidemment, la construction du Musée des civilisations Europe Méditerranée fait parti des grands chantiers censés redonner à la ville tout son rayonnement. L’expérience des précédentes villes ayant bénéficié du label a montré que l’investissement culturel était un élément essentiel du développement urbain, social et économique. Même s’il est difficile de parler de ces projets de façon globale, ces nouveaux musées surprennent par leurs architectures futuristes, à la limite de la transparence, tout autant respectueuses de l’environnement que de leur environnement. Les principaux maitres d’ouvrage ne cachent d’ailleurs pas vouloir s’inspirer du Gugenheim de Bilbao, en faisant des futurs batisses des attractions visuelles à part entière. Partout, on est à la recherche de la prouesse architecturale. Fort heureusement, la culture est loin d’être oubliée, puisque chacun annonce déjà des projets ambitieux. Auditoriums, boutiques, restaurants, espaces verts: lieux de vie, de débat, d’échange, il s’agira de bien plus que de simples musées. On se rapproche peut-être d’un modèle économique destiné à les rendre moins dépendants du soutien financier des institutions.

 

Entre tradition et mutation, la France semble donc avoir fait le choix de la modernité. Preuve de ce nouvel engouement pour la décentralisation, ces spectaculaires projets de musées, futurs temples du culte de la culture.

Gabriel Siméon
Photos : Armin Hesse & Coop Himmelb(l)au / Ca2m, Olivier H. Dancy

Article publié en janvier 2010 dans Frankreich erleben n°25

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L'auteur : Gabriel Siméon


Gabriel Siméon Mes articles

Formation : Diplômé de Sciences Po Aix-en-Provence et du master 2 "Journalisme politique à l'international"

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