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Les Bouquinistes : Trop de Souvenirs ?

Publié le 09 août 2011 par Camille Larbey | Culture  
Les bouquinistes des quais de Seine sont comme un repère pour les touristes et les Parisiens. Pourtant leur vie n'a jamais été simple, que ce soit sous la royauté ou bien aujourd'hui avec la municipalité.
Bouquiniste depuis 1973 sur le quai Saint-Michel, dans le 5ème arrondissement de Paris, Alain Ryckelynck s'est spécialisé dans les livres de poche d'occasion et les anciens numéros de la revue The National Geographic. Tranquillement assis sur sa chaise, chapeau de paille sur la tête, il semble vraiment avoir la belle vie. Et bien contrairement aux apparences, sa profession n'est pas une sinécure !

De l'expulsion à la protection

"Bouquin" en français désigne à l'origine un vieux livre et est aujourd'hui surtout utilisé dans son sens familier de "livre". Emprunté au néerlandais boekin (=petit livre), ce mot a donné "bouquiniste" qui a fait son apparition dans le dictionnaire à la fin du XVIII. Mais on trouve des marchands ambulants de livres sur les bords de la Seine depuis le début du XVIème siècle. Le pouvoir royal les faisait régulièrement expulser, les suspectant de vendre des ouvrages interdits, pamphlets et autres textes subversifs. Les temps ont bien changé ! L'inscription sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO des deux rives de la Seine en 1991, protège - relativement - les bouquinistes face à d'éventuels travaux d'urbanisation pouvant menacer leurs emplacements. La ville de Paris compte aujourd'hui 240 bouquinistes qui proposent près de 500 000 ouvrages. Chacun dispose d'un présentoir constitué de quatres "boîtes" vertes, dont la longueur ne doit pas dépasser 8,60 mètres. L'emplacement est offert par la Mairie de Paris : les bouquinistes ne payent ni loyer, ni taxes. Leurs boîtes vertes renferment des livres anciens ou d'occasion mais aussi des gravures, des estampes, des timbres et des cartes postales de collection.
Monarchie ou République, le métier de bouquiniste reste difficile, car les règlements sont très stricts. Ils doivent travailler au moins quatre jours par semaine et ce, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige. "Le mauvais temps, c'est comme les claques ou les coups de pieds au cul : on ne le supporte pas", confie Alain Ryckelynck. Les boîtes doivent être entretenues, ce qui consiste le plus souvent à enlever les graffitis qui les recouvrent. Quant à la retraite... le vrai bouquiniste finit sa vie parmi ses livres !



Trop de tours Eiffel
Depuis quelques années, les problèmes se multiplient entre la Mairie de Paris et la profession. Les bouquinistes vendent de plus en plus d'articles touristiques, et même trop au goût de cette dernière. "Ca défigure les quais!", explique Lyne Cohen-Solal, adjointe au maire de Paris, qui rappelle que sur les quatre boîtes, une seule peut être consacré à la vente de souvenirs. "Ils ont tout à fait le droit de louer une boutique, estime Lyne Cohen-Solal. Mais s'ils veulent être bouquinistes, ils doivent s'en tenir aux règles." La menace d'amende pèse donc lourdement sur les bouquinistes qui vendent trop d'objets kitsch en plastique et pas assez de livres. Les bouquinistes ne sont pas d'accord. "La Mairie de Paris pense savoir ce qui est bon pour nous, déclare Alain Ryckelynck, mais mais les touristes viennent chez nous pour trois raisons : voir les fameuses boîtes vertes, regarder des livres anciens, et acheter un souvenir". Il faut savoir que les quais des bouquinistes sont principalement fréquenté par... des touristes. Et un vacancer achète plus souvent un joli souvenir de Paris qu'un viel exemplaire des Fleurs du Mal de Beaudelaire. "Il ne faut pas freiner cette évolution et malheureusement, la municipalité veut nous cantonner comme en 1900. Vendre des livres, oui, mais vendre aussi de quoi se nourrir", explique Alain Ryckelynck.
De plus, les bouquinistes ont désormais un concurrent redoutables : Internet. Il existe en effet beaucoup de sites spécialisés dans les livres anciens. D'ailleurs, Alain Ryckelynck n'hésite pas à tirer profit de cette technologie. Il a lui aussi créé un site : www.bouquinistedeparis.com. Alors, les "marchands d'esprit" comme les surnommais joliment l'écrivain Anatole France (1844-1924) sont-ils juste un patrimoine historique et culturel ou des vendeurs bien obligés de s'adapter aux dures lois de l'offre et de la demande. Le débat est ouvert !  

Camille Larbey
Article publié dans Écoute, Aout 2011
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Vocable, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

Bio : Cultures