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Festivals : des kermesses aux parcs d’attractions

Publié le 31 juillet 2011 par Camille Larbey | Culture  
Incroyables supports de développement de la culture, du tourisme et de la communication, les festivals de musique restent malgré tout une activité à haut risque. Un équilibre périlleux entre volonté éthique et besoin de survie financière. Un choix malmené par la baisse des budgets publics et une concurrence accrue.

Que s’est-il passé depuis 1969 ? Ce jour où l’organisateur annonce que « Dorénavant, le concert est gratuit ». C’était un 15 août, à Woodstock … Oui mais voilà, la gratuité est devenu, depuis les années 80, un souvenir fumeux et chevelu et la crise a érigé le live en ultime source (importante) de profits. Rituel des institutions publiques conformistes, la moindre ville se doit désormais d’avoir son festival, sorte de culture vendue en multipack avec son lot de « one-two-one-two » des techniciens, sa bière tiède et son coup de soleil sur la nuque pour gonfler une plaquette touristique. Alors, bien sûr, les extrêmes existent : de la petite association, qui tente le crawl pour éviter la noyade, en passant par les géants comme Live Nation dont les marges s’appliquent du merchandising aux concerts.


Les festivals ? Ils se portent bien en France, merci. Si certains événements ont été annulés (Furia Sound Festival, Garden Nef Party), les chiffres de fréquentation indiquent une hausse générale autour de 5,76 % en 2010. Grands vainqueurs, battant leur propre record historique d’affluence : les Vieilles Charrues (242 000 entrées) et Solidays (168 300 entrées). Une course aux chiffres, pris à revers par Patrick Lavaud des Nuits Atypiques : « Nous avons réduit la voilure, il y a quelques années, en passant de concerts de 20 000 spectateurs à – aujourd’hui – un peu plus de 5 000. On s'assume comme festival décroissant. » L’exemple rappelle ces chefs cuistots abandonnant leurs étoiles pour préférer le gastro…


Une hausse de fréquentation due à la chute des ventes du disque ? Pour Kem Lalot des Eurockéennes : « La crise est plus préjudiciable pour les artistes, nous pénalisant ensuite une inflation des cachets, alors que nous essayons de maintenir une politique à bas prix pour éviter l’élitisme. La fréquentation est surtout due à une alchimie entre un besoin de communion, la météo et la cohérence de notre proposition. » Même avis chez Laurent Saulnier des Francofolies de Montréal : « Il y a 20 ans, il n’existait pas autant de produits culturels et d’objets technologiques, le lien argent/live ne peut être prouvé. »


L’argent, justement, est au cœur de la machine. En 2011, Le Printemps de Bourges affiche un budget de 4,4 millions d’euros, contre 5,4 millions pour les Eurocks ou 5,2 millions pour Rock en Seine. Le tout est basée sur les revenues la billetterie, les subventions publiques et les partenariats privés, sans qu’aucun n’en donne la répartition (« On peut faire dire ce que l’on veut à des chiffres » se défend Solidays). Pourtant la tendance est claire : diminution de 50 000 euros de l’aide du Cher pour Bourges, diminution de moitié de la participation du Pays de Montbéliard aux Eurocks en 2011, arrêt des subventions de l’Auvergne en 2009 et diminution de 40% de l’aide de Clermont-Ferrand en 2011 pour Europavox… Raisons évoquées : le retrait de l’Etat dans le financement des collectivités locales obligeant à des coupes drastiques. Olivier Bernard, de la Sacem, confirme : « les festivals font de plus en plus appel à nous, du fait de cette baisse. » Ainsi, pour Daniel Colling du Printemps de Bourges : « Nous n’avions pas le choix que d’élargir les partenariats privés. » Pour preuve, la manifestation rebaptisée en 2011 « Printemps de Bourges – Crédit Mutuel » (si, si !), sur le même principe que les catamarans des compétions nautiques, même si chacun prétend à l’indépendance artistique.


Oui, mais quid de la dépense principale : le cachet des artistes ? « Il n’y a pas de prix officiel », défendent les Eurocks, « c’est une question de négociation, de mutualisation des moyens sur une tournée générale et d’appréciation du plébiscite. Une négociation peut durer entre 10 minutes et 1 an ! » Seul souci : les visas. Un problème de plus en plus courant, dû davantage aux errances administratives plutôt qu’à une réelle politique répressive, qui a par exemple fait annuler 36 concerts en 2010 aux congolais Konono n°1 et Kasaï All Stars. Et les contrats d’exclusivités ? « Connais pas… », répond hilare Dan Panaitescu du Sziget. Pour les Francos de Montréal : « Il ne faut pas toujours voir ça comme un avantage du festival, mais bien pour l’artiste. C’est pour qu’il joue devant plus de monde. ». Version confirmée par Christophe Davy de Rock en Seine : « Quand le groupe ne joue que dans ton unique festival pendant l’été, généralement c’est aussi parce que ça l’arrange… » Les enchères montent ainsi de 50 à 100% en plus du cachet habituel. Jean-Philippe Quignon des Vieilles Charrues, y voit une limite : « Nous devons faire face à une concurrence financière importante. Nous avons fait le choix, tant pis, de ne pas mettre en péril le festival en faisant n’importe quoi pour attirer un groupe. »


Car, si certains comme Ben Barbaud du Hell Fest, tente ainsi un consensus « entre le leader d’opinion pointu et l’ultra populaire », cette dérive énerve les plus petites structures, comme Jean-Claude Barrens du Festi’Val de Marne : « ZAZ est passé de 3 500 à 18 000 € en 1 an ! Je m’y refuse… L’an dernier, on me propose Marc Lavoine pour 45 000 €. A ce prix là, Lavoine va avoir du blé, c’est sûr… » Vincent Mahé, du festival Couvre-Feu, atteste que « parmi les découvertes d’aujourd’hui se trouvent les têtes d’affiche de demain ! A nous de prendre les risques que ne prennent plus les cafés-concerts et les salles. C’est là toute la différence entre une stratégie commerciale et un projet culturel. Le public ne doit pas non plus tomber dans l’écueil du toujours-plus et manquer de curiosité. »


C’est pour ces raisons que les festivals axent sur d’autres paramètres : « Les 5 500 bénévoles et les aides aux associations locales » pour les Vieilles Charrues ; « Les artistes emmenés à la pêche ou l’emploi de chefs cuisiniers » pour Sandy Boutin du Festival des Musiques Emergeantes, pour qui « la qualité de l’accueil fait beaucoup ». Mais d’autres choisissent d’aller encore plus loin en « faisant vivre la marque au-delà de l’événement », comme Rock en Seine, qui a décidé de ne plus communiquer sur le mot « festival » ; idem pour Gérard Pont des Francofolies de la Rochelle qui pense que « un festival ne peut plus être une appendice de quatre jours » lançant ainsi son Chantier des Francos, il y a quelques années ; ou encore Fnac Indétendances qui « tous les deux mois sort une déclinaison live sous forme de compilation. »


Au-delà du fond (les financements, l’artistique), les Francofolies de Montréal tiennent enfin à avertir, en guise de conclusion, des dangers de la forme : « Le festival devient un moteur de consommation culturelle, et pas qu'en musique. Tout ce qui est "festivalisable" devient "festivalisé" ! Il ne faut pas oublier que c’est l’exception qui donne la force à l’événement… »

 

A bon « entendeurs », salut !

 

 

 

Propos recueillis par Damien Baumal, Samuel Degasne,

Alain Dodeler, Elodie Fournot,

Camille Larbey, Yan Pradeau


Dossier publié dans Longueur d'Ondes, N°60, Été 2011.



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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

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