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Cherry Blossom : à l'amour, à la mort

Publié le 06 juin 2011 par Camille Larbey | Culture  
Pour ceux qui n’ont pu voir Cherry Blossoms (Kirschblüten – Hanami, en Allemand) dans les salles obscures, le DVD édité par Jour2fête permettra de (re)découvrir le magnifique film de Doris Dörrie. Celui-ci, tel une fleur de cerisier, se révèle, s’épanouît et éclate en poème sur l’éphémère. A ne pas manquer.
Les cerisiers japonais

Il était une fois Rudi et Trudi, couple vieillissant mais toujours profondément amoureux l’un de l’autre. Rudi, dont le quotidien est réglé comme une horloge suisse se contente de sa routine et des plaisirs simples, une bonne bière, une savoureuse wurst. Trudi, elle, attend tendrement et patiemment que son époux rentre du travail mais rêve secrètement de Butoh* et de Japon. Les gens vieillissent pourtant l’amour n’expire jamais. Trudi apprend que les jours de son époux Rudi sont comptés. Incapable de lui annoncer la nouvelle elle décide de le sortir de sa routine, lui qui est si pantouflard. Ils entreprennent alors un voyage à Berlin, afin de voir leurs enfants. Puis les pérégrinations se poursuivront jusqu’à la Mer Baltique et se termineront au Japon, où l’on y célèbre le Hanami, la floraison des cerisiers, symbole de la beauté et de l’ephémère. A partir de ce synopsis, le film se transforme en poupée gigogne, les thèmes poignants s’emboitant les uns dans les autres. La quête de soi, la recherche de l’être disparu, la perte, les retrouvailles, la famille et la solitude sont abordés par Doris Dörrie. Le film est emmené par le couple d’acteurs Elmar Wepper (Rudi) et Hannelore Elsner (Trudi), deux monstres sacrés et consacrés du cinéma allemand. Chacun brille par un jeu tout en retenue, tout en pudeur. Doris Dörrie filme à l’aide d’une caméra légère, captant les soubresauts de la vie avec une extrême finesse. La musique est rare et les fioritures sont complètement absentes de ce drame aigre-doux. Cherry Blossoms est à l’image du Butoh : délicatesse, violence, ombre et lumières se mêlent dans un film à la grâce infinie.
 
Doris Dörrie Dörrie, Ozu, Lang

Doris Dörrie est une figure incontournable du cinéma allemand. Dans les années 70, le monde a les yeux rivés sur le Neue Deutsche Film. Mais ce renouveau du cinéma ouest-allemand est principalement une affaire de cinéaste masculins tels Fassbinder, Herzog, Wenders, Schlöndorff, Reitz. Le tournant s’opère dans les années 80 lorsqu’une génération de réalisatrices s’imposent aussi bien dans l’industrie qu’au box office : Ulricke Ottinger, Margarethe von Trotta et Doris Dörrie dont le troisième film, Männer rassemble plus de 6 millions de spectateurs allemand en 1986. Depuis, elle a tourné une dizaine de films, réalisé des documentaires, mis en scène des opéras, écrit des nouvelles, accumulé les recommences, et s’est imposée comme une artiste majeur de son temps. Pour Cheery Blossoms, Doris Dörris est retournée au Japon, pays qu’elle connaît bien pour y avoir tourné Epanouissement Garanti (Erleuchtung garantiert) et Le Pecheur Et Sa Femme (Der Fischer und seine Frau). La réalisatrice a trouvé son inspiration dans sa fascination du Japon, du cinéma d’Ozu mais aussi chez Fritz Lang : « Peter Lorre, l’acteur principal de M. Le Maudit, a été mon inspiration pour le personnage de Rudi. Il portait un manteau et un chapeau dans ce film. Il était trapu et solide comme un roc. Un homme aux épaules hautes et à l’air rigide » explique Doris Dörrie. Elle même frappé par la mort de son mari en 1996, signe avec Cherry Blossoms une très belle romance sur les circonvolutions de l’amour à travers la vie et la mort.

* Le Butoh est un art japonais mêlant danse et théâtre. Il évoque des thèmes tels que la naissance et la mort.

Camille Larbey
Article publié dans La Gazette de Berlin, le 01/02/10
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Vocable, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

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