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Beast, ou comment l'électro reprend du poil de la bête

Publié le 06 juin 2011 par Camille Larbey | Culture  
Beast est un projet expérimental, associant deux musiciens canadiens talentueux : Beatrice Bonifassi, connue pour sa participation à la bande sonore des Triplettes de Belleville, et Jean-Phi Goncalves, percussionniste producteur ayant travaillé pour Pierre Lapointe, Ariane Moffatt ou Lauryn Hill. En prévision de leur prochaine venue en Allemagne pour une série de concert, le duo répond à nos questions.
Beast. Le nom claque dans la bouche comme leur musique à nos oreilles. Beast. La Bête. Le Malin. Ce nom de groupe est tout trouvé lorsqu’on a des chansons qui se nomment « Devil », « Out of Control », « Dark Eyes » ou « Satan ». Leur musique n’est pas satanique mais assurément diabolique, elle serpente entre le trip-hop, le rap, la soul, le downbeat et même le gospel. Jean-Phi Bonifassi, moitié de Beast définit lui même sa musique comme du « Trip Rock ». Si chaque morceau ason identité musicale complètement indépendante, Beast réussit à imposer une constante tout au long de son album éponyme: la voix chaude et envoutante de la chanteuse Beatrice Bonifassi, des guitares agressives et une batterie lourde, proténiée aux gros beat électro. « D'abord, on a choisi une teinte noire, puis on y a apposé nos influences respectives. À l'origine, le son était sombre, cru, et on a décidé de suivre cette vibe. On retrouve dans ce projet 20 ans de musiques digérées puis recrachées! On a tout fait avec le flair d'une bête qui suit son instinct », raconte Betty Bonifassi. De l’instinct, Beast n’en manque pas et flaire le meilleur de chaque genre musical afin d’en tirer une musique aussi improbable que géniale. La chanson « Out of Control » ressemble à du Black Eyes Peace (hé oui !) qui serait dépourvu de toutes fioritures commerciale. « Satan » est un mélange halluciné et hallucinant où se croise une guitare country, une rythmique bluesy, un synthé groovy, une voix soul et un phrasé à la Beasty Boys. La mention spéciale revient au titre « Mr. Hurricane » : imaginez une voix à la Jake White chantant à la sauce ragga, accompagnée d’une chorale gospel sorti d’une église d’Harlem, le tout sur de la soul dopée à l’infrabasse. Plus efficace qu’un pot belge. A l’instar de la musique, les textes sont bruts, écorchés, sombres, sans jamais tomber dans les mièvreries niaiseuses pour adolescents mal dans leur peau. Cet album est, pour Béatrice, « un message fort sur moi-même, qui j’espère sera écouté. Une relation d’artiste/fans est comme un mariage : il est important de travailler dur afin de toujours surprendre l’autre. C’est comme ça qu’on entretient la flamme ». « Don’t mess with the Beast (...) You’re not coming for peace », entent-on sur « Mr.Hurricane ». Nous voilà prévenus.

Bonjour à vous deux, pour commencer, comment est né le projet « Beast » ?
 
Jean-Phi : C’est une collaboration entre nous deux qui c’est engagée avec beaucoup d’espoir. Au départ, ce n’était pas supposé être des chansons, mais tout cela s’est avéré être très concluant

Comment c’est déroulé le processus créatif de l’album ?

Jean-Phi : En fait, on a travaillé dans la même pièce, chacun de son coté. On confrontait nos idées. On pouvait passer des journées entières sans se parler et à la fin on faisait un assemblage. Parfois, les choses pouvaient se faire de manière plus instinctives.

Il est peut-être vain de tenter de catégoriser la musique de « Beast » tant vous voyagez entre les genre. D’où vous vient une telle décomplexion que ce soit dans la musique ou le chant ?

Jean Phi : On s’est nourri de pleins d’influences. On est parti sur la volonté de briser les carcans, de ne pas s’imposer de barrière. On pouvait utiliser n’importe quelle émotion pour nous guider.
Beatrice : Pour le chant, il y avait la seule restriction du slam pour le phrasé et pour mieux coller aux paroles. Je voulais créer quelque chose qui évoquait les vielles chanteuses, créer quelque chose qui d’énigmatique. Ca été un bon challenge pour moi. C’est ce qui me plaît d’ailleurs.

Justement, pourquoi avoir choisi l’anglais alors que vous êtes francophones ?

Béatrice : L’Anglais c’est avéré immédiatement fondamental. Déjà pour avoir un plus large public, pour toucher plus de gens, bouger partout. Ensuite, l’Anglais s’imposait pour le slam à cause de la rythmique.

La question inévitable pour un groupe Montréalais : qu’y à t-il à Montréal qui permette une telle explosion de groupe ?

Béatrice : Jean-Phi a justement une théorie qui pourrait expliquer cela, je suis sure qu’il sera heureux de vous la faire partager.
Jean-Phi : Montréal reste la ville la moins chère de l’Amérique du nord. Des tonnes de groupes y viennent pour travailler leur musique. Les artistes ont plus de temps pour se consacrer à leur art : ils n’ont pas besoin de passer toute leurs journées à travailler comme serveurs. Donc tout le monde vient sur Montréal et cela crée une effervescence.
Béatrice : Comme les loyers ne sont pas chers, beaucoup de monde vient sur Montréal. Cela crée des bassins artistiques, des groupuscules et des promiscuités entres les artistes.
 Jean-Phi : De plus, ce mélange quotidien de Français et d’Anglais entraine un apport d’influence bénéfique.

Beast a-t-elle été créée pour durer ou restera-elle le fruit d’un album ?

Béatrice : On ne veut pas en rester là. On souhaite encore explorer certaines musiques. On va progresser et continuer à créer une musique à l’image qu’on veut se donner, comme un tableau à fresque. Longue vie à Beast !

Propos recueillis par Camille Larbey
Article publié dans La Gazette de Berlin, le 21/10/09

www.myspace.com/beastsound
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Vocable, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

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