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Jean-Claude Golvin : l'Antiquité comme si vous étiez !

Publié le 26 avril 2013 par Camille Larbey | Culture  
Dessinateur émérite et architecte diplômé, Jean-Claude Golvin s'efforce depuis vingt ans d'offrir à nos yeux des représentations les plus pouses possibles des sites et villes antiques.
Vue de la ville d'Arles depuis  le Nord-Est, IVè siècle , aquarelle 1991 /Copyright JC Golvin / Mdaa ©editions errance

Qui n'a pas rêvé de visiter le temple de Zeus à Olympie ? Puis, de déambuler dans les allées de Pompéi avant l'éruption du Vésuve... avant de faire un détour par le phare d'Alexandrie ? Jean-Claude Golvin, architecte dessinateur, rend ce rêve réalité : à travers des reconstitutions, il offre une vision vraisemblable de la splendeur de de la splendeur des monuments ainsi que des cités antiques. Couleurs, matières, reliefs, tout y est ! Contempler une œuvre de l'artiste, c'est faire un bond dans le temps et dans l'histoire. Présentation.

Une longue tradition
Depuis 30 ans, Jean-Claude Golvin parcourt les chemins de l'Antiquité nord-africaine, européenne et orientale pour restituer ensuite, à l'aquarelle, des sites disparus. Cette méthode s'inscrit dans la tradition des " Grands Prix de Rome en architecture " attribués au XIXe siècle : les lauréats de ce concours de l'Académie des Beaux-arts de Paris, à la fois architectes et dessinateurs émérites, étaient envoyés sur des sites archéologiques - souvent en Italie - pour reproduire graphiquement leur aspect original. Parmis eux, l'architecte Joseph-Albert Tournaire, primé en 1888, reste célèbre pour ses dessins du sanctuaire d'Apollon, qui a été découvert lors des fouilles à Delphes (en Grèce) à la fin du XIXe siècle.

Restituer pour comprendre
Jean-Claude Golvin est né en 1942 à Sfax, en Tunisie. Pendant ses études, il envisage de mettre ses talents d'illustrateur au service de la bande dessinée. Mais ne souhaite pour autant écrire des histoires. Il préfère se consacrer à l'Histoire avec un grand " H ". Dans les années 70, alors diplômé en architecture et urbanisme, il se passionne pour l'archéologie et diversifie ses techniques de dessin. C'est en 1976, alors en mission pour le CNRS à Karnak en Égypte, que Jean-Claude réalise ses premières reconstitutions à l'aquarelle. Après une thèse sur les amphithéâtres romains et une carrière de chercheur au CNRS, il se consacre exclusivement à la reconstitution de sites antiques. Lorsqu'on lui demande quelle est sa profession aujourd'hui, Jean-Claude Golvin répond donc tout naturellement : " architecte spécialisé dans l'architecture antique et spécialiste des techniques de construction ". Un intitulé simple comme bonjour.

Le théâtre antique vers la fin du Ier siècle av J. C, aquarelle 2011 / Copyright JC Golvin / Mdaa ©editions errance 

Enquête policière
La réalisation de ses aquarelles obéit à un protocole précis. D'abord, Jean-Claude Golvin se rend sur le site en question pour s’imprégner du paysage et relever la topographie. Une fois sur place, devant les ruines de monuments autrefois somptueux, l'émotion l'envahit. Vient ensuite le travail de recherches : Jean-Claude Golvin sollicite alors les archéologues qui ont participé aux fouilles afin de récolter le maximum d'informations. Puis il complète ces données en consultant tous les travaux disponibles spécialisés sur le sujet. À ses yeux, ce travail de fourmi est digne d'une véritable " enquête policière ". Et comme tout bon détective, il doit tout d'abord établir un " portrait-robot " d'un site. Ensuite, il exécute une série de croquis avec des indications. Pour un amphithéâtre par exemple, ce fin limier doit, dans un premier temps, déterminer la longueur des gradins, les dimensions de la scène, la hauteur des marches, les entrées et les sorties, afin de restituer parfaitement le fonctionnement du bâtiment. De même qu'un policier doit imaginer et reconstituer les circonstances d'un crime.

Dans le secret de l'atelier
Lorsqu'il s'installe à sa table de travail, dans son atelier situé dans la région d'Arles, Jean-Claude Golvin a déjà son dessin en tête. Armé d'un critérium, il commence par tracer un quadrillage sur un plan, puis dessine les bâtiments en perspective. Parfois, il lui manque quelques informations relatives aux édifices. Mais sa formation en architecture complète alors sa vision et lui permet de proposer une représentation vraisemblable de la bâtisse. Une fois le plan élaboré, il repasse chaque trait à l'encre, à l'aide d'un rapidograph. Ce stylo de marque allemande possède une mine ultrafine qui garde toujours la même épaisseur de trait. Ce modèle-ci étant en voie de disparition, le dessinateur dispose de tout un stock.
Pour la mise en couleur, Jean-Claude Golvin utilise uniquement de l'aquarelle, qu'il affectionne pour sa " légèreté " et sa " souplesse ". Un de ses secrets de fabrication : il commence par colorer la feuille avec du jus de café pour " l'illuminer ". Il peint ensuite le ciel, la mer éventuellement, et se rapproche du coeur du dessin. La mise en place des ombres reste l'ultime étape. La réalisation d'une aquarelle peut prendre beaucoup de temps. La ville d'Arles au IVe siècle, un dessin d'un mètre sur 70 centimètres, a par exemple nécessité un mois entier de labeur : deux à trois semaines pour établir le plan et une semaine pour le peindre. Patience, concentration et précision sont impératives. S'il commet une seule erreur, le dessinateur doit alors tout recommencer.

Découverte ludique
Les aquarelles de Jean-Claude Golvin sont soit descriptives, offrant généralement une vue aérienne du site ; soit narrative, s'attardant sur certains détails de scènes de vie, comme la frise décrivant les étapes d'une procession funéraire en Gaule antique. Un dessin valant souvent mieux qu'un long discours, ses oeuvres insistent plutôt sur de discrets éléments qui facilitent l'interprétation du lecteur. " L'objectif est de faire de ces dessins de restitution une voie d'entrée privilégiée invitant le plus grand nombre - et particulièrement les jeunes - à une découverte narrative du patrimoine monumental ", explique l'expert.
La voie de l'Abondance, vers 79, Pompéi, aquarelle, 2008
Copyright JC Golvin / Mdaa ©editions errance

20 ans de travail
L'aquarelliste ne dit pas détenir la vérité. À ceux qui considèrent parfois ses dessins comme de pures inventions, il répond que ses restitutions sont davantage des suggestions scientifiques réalistes. Quoi qu'il en soit, Jean-CLaude Golvin est aujourd'hui une référence mondiale dans son domaine : il a à son actif plus d'une vingtaine d'expositions, plus de 40 ouvrages portent son nom, et il collabore régulièrement à des revues historiques. Enfin, ses aquarelles sont également présentes dans les manuels d'histoire de sixième. Autant de travaux reconnus et publiés dont les originaux ne risquent pas de prendre la poussière au fond d'un tiroir : monsieur Golvin vient de léguer au musée départemental Arles antique plus de 1 000 dessins et esquisses, ce qui représente 20 ans de travail. " Je souhaite qu'ils puissent être utiles à des actions à caractère didactique et pédagogique ou à des projets d'animation culturelle variés sou l'égide du musée ", a déclaré l'artiste. Alors, pour un rapide voyage dans le temps et l'Histoire, rendez-vous à Arles.

Camille Larbey
images : © éditions errance
Article publié dans Écoute, avril 2013
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

Bio : Cultures