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L'univers Béjart

Publié le 15 novembre 2012 par Camille Larbey | Culture  
La compagnie de danse du Béjart Ballet de Lausanne fête ses 25 ans. L'occasion de revenir sur une troupe d'exception, symbiose entre un chorégraphe, son œuvre et ses danseurs.


Fondée en 1987 par le grand chorégraphe Maurice Béjart, le Béjart Ballet de Lausanne (BBL) est aujourd'hui une institution dans le monde de la danse classique et moderne. À sa mort en 2007, c'est son élève et "fils spirituel" Gil Roman qui reprend les rênes de la compagnie et se bat pour perpétuer " l'esprit Béjart". En avril dernier à Paris, le BBL a proposé au public non pas un, mais trois ballets. D'après le nouveau directeur de la compagnie, il fallait au moins cela pour rendre hommage comme il se doit à son professeur et pour montrer de quoi est encore capable la troupe sans son maître. Ainsi, Boléro, œuvre emblématique de Béjart, Aria, création de Roman et Dionusos (suite) ont été interprétés avec brio par les 38 danseurs de la compagnie. Mais le BBL ne s'arrête pas là : de nombreuses manifestations sont encore prévues, à Lausanne et dans le monde, tout au long de l'année. Retour sur un phénomène.

Enfant, il rêvait de devenir torero. Adulte, il sera finalement le plus grand chorégraphe des temps modernes. Maurice Béjart était en effet un danseur hors pair et un chorégraphe charismatique. Lorsqu'il disparaît à l'âge de 80 ans, la danse se retrouve comme orpheline. Mais Béjart laisse derrière lui une œuvre monumentale : une compagnie de danse célèbre dans le monde entier, près de 250 ballets et une école de danse. En mélangeants les influences de tous les continents, Béjart a rendu la danse accessible au grand public. " J'ai fais sortir la danse de son ghetto d'initiés ", aimait-il répéter. Depuis 25 ans en effet, la troupe du BBL envoûte le public. Pourtant, malgré sa popularité précoce, le danseur et chorégraphe a rencontré de grosses difficultés pour monter sa propre compagnie. 

De Bruxelles à Lausanne
" Nul n'est prophète en son pays ", dit le proverbe. Il en est de même pour Maurice Béjart que le la France n'a pas essayé de retenir. À la fin des années 50, le chorégraphe est déjà célèbre. Il cherche alors un lieu pour créer en toute sérénité, mais le ministère de la Culture ne lui fait aucune proposition concrète. En 1959, l'artiste quitte donc son pays natal et rejoint Bruxelles où il obtient une résidence au Théâtre royal de la Monnaie. Un an plus tard, il crée sa compagnie : Le Ballet du XXe siècle. Au début des années 80, Jack Lang, alors ministre de la Culture en France, propose d'installer une école pour Béjart au Théâtre national de Chaillot à Paris. Mais le projet reste finalement lettre morte. Au terme d'un conflit ouvert avec le directeur du Théâtre de la Monnaie, Béjart quitte Bruxelles en 1987 pour remonter une nouvelle compagnie à Lausanne, le BBL, soit 40 danseurs rompus comme personne au style du maître. Il peut enfin concevoir des sagas à la hauteur de son imagination, comme  Ring um den Ring (1990) d'après Wagner, La Tour (1991), sur des textes du psychiatre Carl Gustav Jung, ou Jérusalem, cité de la Paix (1997), un hymne à la réconciliation des peuples. Aujourd'hui encore, la compagnie donne chaque année une centaine de représentations à travers le monde. 

En 1992, Béjart fonde l'École-atelier Rudra. Dans la mythologie hindouiste, Rudra est l'un des avatars du dieu Shiva, le plus sombre et mystérieux. L'école est située dans les mêmes bâtiments que le compagnie. Dès sa création, Béjart a souhaité qu'elle soit " un mode de vie intellectuel et moral. À une époque de relâchement et de permissivité, il est important d'avoir des êtres humains qui, sans être agressifs, ont une volonté d'affronter le combat de la vie. " Rudra a la particularité d'être une école privée mais gratuite. Outre la danse classique et moderne, les élèves suivent des cours de théâtre, de musique et de danse traditionnelle comme le tango, le flamenco, la danse cubaine, africaine ou indienne. Également proposé par l'école : le kendo. Cet art martial japonais se rapproche de l'escrime mais avec un sabre en bambou. Ce qui permet aux élèves de se préparer aux multiples défis qui les attendent dans leur futur métier. En 20 ans, plus de 400 danseurs de 30 nationalités et origines sociales différentes ont ainsi bénéficié des cours dispensés à Rudra.



Un nouveau départ
Depuis 2007, le chorégraphe et danseur Gil Roman a la lourde tâche de préserver l'héritage de Maurice Béjart. " Ce qui attire les gens, c'est le nom de Maurice ", précise-t-il. Mais le BBL ne tient pas à devenir une " compagnie-musée ". L'accent est donc mis sur les créations originales. " Je n'essaye pas de m'affranchir de la mémoire de Maurice car elle fait partie de moi. Je suis inspiré et nourri de sa pensée, nourri de nos conversations, nourri de notre relation. Mais mon travail en tant que chorégraphe n'a rien à voir avec sa manière à lui de travailler ", explique le nouveau directeur. Quoi qu'il en soit, un objectif de premier ordre reste commun aux deux hommes : surprendre le public.

" Je n'ai jamais reçu un centime du gouvernement français " se plaignait Béjart qui a pendant longtemps gardé une amertume à ce sujet envers la France. Son cœur appartenait donc à la Belgique et la Suisse. Il a d’ailleurs obtenu la nationalité suisse quelques mois avant sa mort. En son hommage, Lausanne donna le nom du chorégraphe à l'une de ses stations de métro. " Il y a une relation très forte avec le public de Lausanne. On se sent chez nous ici. C'est un public qui a vu beaucoup d’œuvres de Béjart et qui nous apporte son soutien. À la mort de Maurice, c'était important pour moi que ce public nous soutienne encore ", souligne Gil Roman.

Mais la crise n'épargne malheureusement pas le BBL. " Si la compagnie tourne à travers le monde, c'est parce qu'on a aussi besoin financement. On doit se battre pour exister et on ne peut jamais savoir ce qui e passera demain ", précise Gil Roman. Espérons que le rideau rouge ne tombe jamais.

Maurice Béjart en cinq ballets
- Symphonie pour un homme seul (1955)
Premier succès pour Maurice Béjart... et premier scandale ! Les figures classiques se mêlent aux mouvements modernes. de plus, les mélomanes ne sont pas habitués aux expérimentations musicales des compositeurs Pierre Henry et Pierre Schaeffer, qui accompagnent la pièce.

- Le Sacre du printemps (1959)
Œuvre commandée par le Théâtre de la Monnaie de Bruxelles. Béjart, en grande difficulté financière, accepte le projet et crée la chorégraphie en seulement trois semaines. Il insuffle à ce ballet une grande part d'érotisme. Béjart triomphe. Il est alors âgé de 32 ans.

- Boléro (1961)
Le chorégraphe s'attaque à ce classique de la danse, composé par Ravel. Bien avant la révolution sexuelle de Mai 68, Béjart libère ici le corps des danseurs. On peut voir cette chorégraphie dans le film Les Autres (1981), de Claude Lelouch.

- Le Presbytère n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat (1997)
Ballet en hommage au chanteur de Queen, Freddy Mercury, décédé en 1991. Sur une musique de Mozart et de Queen, Béjart évoque crûment le sida. Lors de la première au Théâtre de Chaillot à Paris, les musiciens du groupe Queen ainsi qu'Elton John interprétèrent la musique.

- Mutationx (1998)
La pièce fut éreintée par la critique. Cette fable écologique, sur fond d'apocalypse, s'interroge sur les risques du nucléaire. Pour Béjart, la danse était aussi l'écho des problématiques de notre temps.

Camille Larbey
(Photos : © Francette Levieux)
Article publié dans le numéro d'octobre 2012 d'Écoute
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L'auteur : Camille Larbey


Camille Larbey Mes articles

Formation : Master d'Histoire, spécialisé dans le Cinéma allemand.

Participation à : Le Parisien, Metronews, Rue89, Technikart, L'Expansion, La Gazette Drouot, So Film, Le Nouvel Obs, Détours, The Drone, Gonzaï, StreetPress, Bien-dire, Vice, Vocable, Social Media Club, Ithaac, Longueur d'Ondes, La Gazette de Berlin, Écoute, World Photo Report, Rockcover, Evous.fr, Smart.

Berlin, mise en scène. publié chez Espaces & Signes.


Médias : Presse écrite, WEB.

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