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A Oslo, "montrer au public un autre visage du graffiti"

Publié le 25 septembre 2012 par | Culture  
On a causé avec Viktor Gjengaar, un passionné de street-art de 32 ans qui a créé début 2012 Urban Samtidskunst, une association visant à promouvoir l’art de rue dans sa ville d’origine, Oslo.

Press On :
Qu’est ce qu’Urban Samtidskunst et pourquoi ce projet ?


Viktor Gjengaar : Urban Samtidskunst signifie “art urbain contemporain” en norvégien. Début 2012, c’est l’art mural que j’ai choisi de promouvoir, car Oslo offre de nombreux terrains de jeu dans ce domaine. J’avais fait un pari risqué : parvenir à négocier avec de potentiels partenaires, mais seulement si nous avions quelque chose d’intéressant à leur proposer, selon leurs propres critères. J’ai alors mis mon propre argent sur la table. Le pari a réussi. Preuve que ne pas attendre les investissements pour commencer à peindre était une bonne idée. On a maintenant des partenaires qui financent les nacelles permettant de peindre en hauteur et les produits eux-mêmes, qui coûtent cher. On ne demande rien d’autre, même si les artistes bénévoles sont bien sûr heureux quand ils sont récompensés par quelques dons.

Il a fallu obtenir de nombreuses autorisations de la part des propriétaires d’immeubles, consulter les agences adéquates, tout comme les autorités, vérifier l’historicité de certains bâtiments, etc. Un processus assez long. Les artistes ont été plus faciles à convaincre : ils n’étaient jamais venus à Oslo : c’était exotique pour eux !

Vous vous définissez comme un « entrepreneur social », qu’entendez-vous par là ?

C’est quelqu’un qui mesure les résultats différemment qu’un simple collectionneur. Je me suis dit: «Oslo a énormément de murs et je connais beaucoup d’artistes, alors montrons au public un autre visage du graffiti et de l’art urbain». Il s’agissait de promouvoir quelque chose de moins éphémère aussi – comme le muralisme, qui a une longue histoire. Mon outil de mesure est le plaisir du public, c’est en cela que je me considère entrepreneur social. J’ai aussi un plaisir personnel à façonner la ville et à représenter un mouvement qui est une alternative à la publicité, aux murs gris et à la scène artistique élitiste.



Cette initiative norvégienne est-elle possible ailleurs, en France par exemple ?

Bien sûr. Nous ne sommes qu’une petite partie d’un mouvement global où tout le monde a un rôle à jouer. Pas de conservateurs, ni d’experts : les gens partagent ce qu’ils aiment à travers les réseaux sociaux, tout simplement. Si nous travaillons aussi avec les médias publics, c’est que les décideurs passent par là… Ce mouvement est à la croisée des cultures. Si vous avez un passé dans le graffiti, vous avez forcément l’habitude de voyager. Tout est collectif : vous allez quelque part et vous accrochez avec des locaux qui vous font visiter, qui vous hébergent. Nos artistes ne dormaient pas à l’hôtel ! C’est donc bien plus qu’une peinture sur un mur: c’est une expérience complète.

En ce qui concerne la France, un de mes amis artistes travaille actuellement avec le maire du 13e arrondissement de Paris sur un programme muraliste.
C215, de son côté, est un pochoiriste qui gère son asso depuis Vitry-sur-Seine où il invite de nombreux artistes. Les Français sont très avant-gardistes dans ce domaine, tout comme la Pologne et la Norvège. Ici nous avons Nuart, sans doute le plus célèbre et le plus respecté des festivals de street art dans le monde. D’ailleurs, j’y suis convié cette semaine et j’y répondrai présent.


Propos recueillis par Mélina Huet
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